Une proposition pour aller de l’avant : le « rhum traditionnel »

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Il est vrai qu’il y a d’une part un manque de clarté concernant les taux de sucre de certains rhums (ce que l’étiquetage des informations nutritionnelles des spiritueux pourrait améliorer prochainement) et d’autre part le fait que l’on imagine souvent que les producteurs de rhum utilisent le jus de canne local ou la mélasse issue de sucreries locales… alors que la mélasse peut venir de plusieurs milliers de kilomètres puisque plusieurs îles n’ont plus de sucreries. Durant le salon France Quintessence, la question a été soulevée lors de la conférence sur la pertinence du modèle français en termes de définitions de productions et d’étiquetage des rhums produits sous AOC ou IG (Indication Géographique). On sait aussi qu’il est extrêmement difficile de créer de nouvelles réglementations au niveau européen sur une catégorie si vaste, mais un texte existant définit déjà une mention garantissant une origine locale de la canne et une absence d’édulcoration. Voici ce que nous dit la réglementation européenne à ce sujet : Le terme « traditionnel » peut compléter l’une des indications géographiques mentionnées dans la catégorie 1 de l’annexe III lorsque le rhum est produit par distillation à moins de 90 % vol après fermentation alcoolique de produits alcooligènes exclusivement originaires du lieu de production considéré. La teneur de ce rhum en substances volatiles doit être égale ou supérieure à 225 grammes par hectolitre d’alcool à 100 % vol et il ne doit pas être édulcoré.

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L’utilisation du terme « traditionnel » n’exclut pas l’utilisation des termes «issu de la production du sucre» ou « agricole », qui peuvent être ajoutés à la dénomination de vente « rhum » et aux indications géographiques. Ainsi, pour les rhums sous Indication Géographique (Guadeloupe, Réunion… mais aussi Malaga, Grenade, Madère et le Guatemala), la mention « traditionnel » garantit l’absence totale d’édulcoration, 0 gramme de sucre par litre, une richesse en substances volatiles minimale égale à celle des rhums agricoles (une fermentation et une distillation donnant un rhum naturellement riche en sortie de colonne) et enfin une distillation à moins de 90% vol (ce qui exclut des assemblages de rhums très riches avec des rhums légers). De plus, toute la matière première doit être locale, jus, sirop ou mélasse. Donc même la plupart des producteurs francophones emploient le terme traditionnel pour désigner les rhums de mélasse, ce qui est une erreur courante malheureusement. Mais voilà le hic : La présente disposition n’a pas d’incidence sur l’utilisation du terme «traditionnel» pour qualifier tous les produits qui ne sont pas couverts par la présente disposition, selon leurs propres critères spécifiques. Et si justement l’on demandait une extension de cette mention à tous les rhums commercialisés en Europe ? Les producteurs de la Caraïbe et d’ailleurs pourraient ainsi garantir l’utilisation de matières premières locales, issues des champs de canne de l’île ou archipel concerné par exemple, l’absence d’édulcoration et une certaine richesse aromatique grâce à des techniques de fermentation et distillation traditionnelles justement. L’emploi de colonnes ultramodernes nées dans les années 1930 pour la production de rhums légers (et d’éthanol) destinés essentiellement aux cocktails et assemblages ne pourraient alors se prévaloir de cette mention « rhum traditionnel ». Ou alors, et c’est la tendance que l’on observe avec l’extension des IG aux pays tiers comme le Guatemala, on attend d’abord que les pays producteurs créent une IG pour répondre aux critères européens. Le Venezuela se targue bien d’avoir une DOC, Cuba a créé son Indication Géographique, la Barbade a un projet depuis au moins 2011, la cachaça brésilienne a fait de grands pas en avant dans sa réglementation, classification (artisanale ou industrielle, édulcorée ou non…) et sa protection, la Jamaïque dispose d’un arsenal juridique, Maurice pourrait suivre… il ne leur reste plus qu’à finaliser leurs cahiers des charges et à déposer leur demande de reconnaissance auprès de l’UE !

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Ainsi nous connaîtrions mieux les spécificités de chaque origines et de ses types de rhums et grâce à la mention « rhum traditionnel », on garantirait l’absence d’édulcoration et une fermentation/distillation donnant un rhum naturellement riche en arômes. Car objectivement, on peut alors facilement contrôler par des analyses en laboratoire indépendant certes le taux d’alcool, mais aussi le taux d’obscuration et aussi d’édulcoration, ainsi que le taux de non alcool. Une garantie parfaite pour le consommateur qui devrait être systématique et des déviances aromatiques prononcées devraient aider à démasquer les aromatisations à outrance (les plus légères sont en réalité quasiment indétectables). Alors, que pensez-vous des Indications Géographiques et de leurs cahiers des charges et cette mention « rhum traditionnel » ? Car sans législation claire et précise, une classification plus ou moins pertinente n’est qu’une vision et n’apporte aucune garantie au-delà d’une simple déclaration d’un producteur. Légiférer n’est pas la panacée mais permet tout de même aux producteurs de lutter à armes égales sur le marché européen, si des contrôles sérieux et systématiques sont mises en place.

 

Retrouvez notre dossier spécial :

« le grand débat sur la redéfinition du rhum« 

 

 

 

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