Tres Hombres : Rencontre avec Andreas Lackner l’un des fondateurs

Par passion commune, 3 hommes, dans un réel souci de l’environnement ont restauré cette brigantine de 32m : le Tres Hombres qui nous fait voyager dans le temps et voguer sur les océans en réhabilitant le transport de marchandises à la voile.

Tres Hombres
Tres Hombres a jeté son ancre à Marigot Bay, Saint-Martin, pour acheminer des secours après l’ouragan Irma.

L’aventure est au rendez-vous à chaque « traversée zéro carbone ». Des produits locaux quittent l’Europe et sont livrés dans les Caraïbes après des semaines de navigation, en fonction des escales et des vents. La brigantine reviendra à bon port avec d’autres saveurs d’outre-atlantique : café, chocolat, vanille… mais aussi du rhum (!) dont les fûts, sont hissés à bord du géant de voile et de bois à la force des bras et bénéficient pendant le retour d’un vieillissement « dynamique ».

Pris de passion aussi pour notre spiritueux préféré, les trois hombres ont même développé une gamme de rhums dont les notes de dégustation seront publiées prochainement par Rumporter. Mais avant même de les déguster, on sait que chaque flacon contient déjà à lui seul tous nos rêves et fantasmes d’enfant ou de pirate. Rencontre avec Andreas Lackner l’un des fondateurs de ce projet dans l’air du temps.

AG : Bonjour Andreas Lackner. Qui sont les « Tres Hombres » ? Pouvez-vous me racontez l’origine du projet et son objectif ?

AL : Bonjour Anne ! Lorsque Arjen van der Veen, Jorne Langelaan et moi-même nous sommes rencontrés pour la première fois, à bord de l’EUROPA, en 2000, lors d’une traversée de l’Atlantique, nous sommes rapidement devenus amis et chacun a fait part aux autres de ses rêves. Un mélange de goût pour l’aventure, de souci de protéger l’environnement et de conservatisme vis-à-vis des traditions nous a donné l’idée de réintroduire le transport de marchandises par navire à voile. Tout ce dont nous avons besoin sur l’eau sont des cargos voiliers sans aucun type de moteur, voilà tout. 90% du transport de marchandises qui se fait dans le monde est absolument superflu, destructeur et illégal ! Nos besoins de première nécessité devraient être produits localement, tandis que pour les marchandises qui rendent notre vie plus savoureuse et qui sont du pur superflu (ndrl : et à ce titre essentielles), nous ne devrions utiliser que des navires à voile.

Tres Hombres
Le capitaine et co-fondateur de Fairtransport, Andreas lackner sirote un rhum.

AG : Le « Tres Hombres » est une brigantine de 32m datant de 1944 que vous avez restaurée, c’est un rêve de pirate ou de marin ?

AL : Nous sommes des marins qui rêvons d’un monde où l’écologie est prioritaire par rapport à l’économie. Les outils que nous utilisons pour sensibiliser les gens qui se sentent concernés sont faits de bois et d’acier, à savoir le Tres Hombres et le Nordlys, et, plus tard, nous l’espérons, tout un ensemble de navires à voile.

AG : Quelles sont les différentes activités développées par ce transport « zéro carbone » ? Cette activité est-elle rentable, les échanges commerciaux, les quantités, les produits emportées et rapportées, répondent-ils à une demande et à une prise de conscience écologique de la part de vos acheteurs ?

AL : C’est une très bonne question. Cette entreprise fait vivre 15 personnes, et nous ne recevons aucune subvention ni aide. Le transport de marchandises zéro carbone fait l’objet d’une demande croissante : il y a déjà 5 compagnies et 4 navires en service qui ont adopté notre concept.

Les quantités transportées sont encore très faibles et les prix peuvent sembler relativement élevés, mais personne ne prend en compte le coût que représente les dégâts causés par la navigation à moteur sur l’économie planétaire. Si on évaluait le coût de ces dégâts et que l’on faisait une comparaison, on verrait que les frais de transport que nous facturons sont moins élevés que ceux des navires ordinaires. En outre, dans le cadre de nos activité, nous proposons les services suivants : information, éducation (conférences, TEDx*, écoles, navire…), mode de vie traditionnel appliqué, construction navale, transport de marchandises, échanges commerciaux, développement de produits, business plans pour transport à voile, organisation de congrès environnementaux, formation en mer, formation sur chantier naval, dégustations de rhum, torréfaction de café, école nautique formant les équipages de demain… et bien d’autres expériences exceptionnelles qui créent du changement.

Tres hombres
Vieillis en mer dans des fûts de chêne, uniques au monde ! A cela s’ajoute la saveur du cacao dans la cale à marchandises, on a envie d’y croire !

AG : Décrivez-nous les conditions de vie à bord et de navigation, utilisez-vous la technologie de pointe en terme d’outils de navigation ?

AL : Les conditions de vie à bord sont rudimentaires et rugueuses, mais très conviviales et intéressantes. Elles permettent le développement de la sociabilité et de la force physique, tout en donnant à l’esprit l’occasion de se reposer et de voir les choses sous un autre angle.

Nous avons les certifications requises pour pouvoir voguer partout dans le monde, transporter des marchandises et des stagiaires, équipés de tous les outils dernier-cri nécessaires.

AG : La société Fairtransport, basée en Hollande, est l’armateur du bateau depuis 2005, combien de bateaux à voile existent à ce jour, combien de capitaines ? Combien y a-t-il de traversées par an, et vers quelles destinations ?

AL : 2 navires et 6 capitaines se partagent les tâches qu’il y a à accomplir sur terre et en mer. Le « Tres Hombres » effectue une traversée hivernale de sept mois (Europe – Caraïbe – Europe), et une traversée estivale de trois mois sur la côte européenne et l’Afrique. Deux mois sont ensuite consacrés à une remise en état annuelle. Le « Nordlys » navigue, lui neuf mois dans les eaux européennes, chargé de produits bio et l’hiver est consacré à sa remise en état. Nos destinations sont : Amsterdam, Copenhague, Colombie, République Dominicaine, Haïti, Grenade, Espagne, Bretagne, Irlande, Allemagne.

AG : Chaque traversée est une nouvelle aventure, la navigation à voile est confrontée aux éléments, à une nature puissante. Intempéries, promiscuité à bord, racontez-nous vos moments forts, les difficultés et la gestion humaine des imprévus.

AL : On dirait que vous connaissez bien le sujet 😉 Une fois, un terrible vent contraire nous a surpris au milieu de l’océan Atlantique Nord et nous a fait faire un détour de 2.400 km, 45 jours en mer supplémentaires, les provisions ont fondu, mais l’équipage n’a jamais baissé les bras devant les éléments en respectant les ordres. L’équipage donne au capitaine la confiance nécessaire pour diriger la manœuvre, il s’agit d’une compréhension mutuelle, un beau sentiment de réciprocité, quand les choses fonctionnent de cette manière. Plus les circonstances sont difficiles, plus les gens tirent le meilleur d’eux-mêmes, et de belles amitiés naissent souvent dans de telles situations.

Tres Hombres
En mer, nous apprenons à coopérer, à être autonomes et à développer et à respecter les éléments.

AG : Qui sont les « Frères de la côte » en France ? Expliquez-nous votre collaboration et vos rôles respectifs ?

AL : François, son frère Raphaël et leurs parents dirigent à Saint-Etienne, en France, une petite entreprise qui importe et distribue des produits transportés par des navires à voile « zéro carbone » et qui s’appelle ainsi. François est venu nous voir sur un chantier naval en tant que bénévole et, ensuite, il a gravi les échelons avec une rapidité surprenante pour devenir un des capitaines du Tres Hombres. C’est un ami et un associé.

AG : Racontez-nous les rhums « Tres Hombres » ? Qui est en charge de la sélection, du vieillissement à bord, de la gamme, de ses spécificités ?

AL : C’est moi. J’adore ça. ! Hier, j’ai goûté nos nouveaux rhums à peine sortis de leurs fûts. Incroyable ! Chaque année, nous sommes surpris mais nous souhaitons faire mieux chaque fois ! J’improvise avec des fûts que j’achète en France, en Espagne, au Portugal, à Madère… Mes amis distillateurs et moi, nous faisons des expériences, comme avec le rhum blanc bio, le rhum au miel…

AG : Vous êtes rentrés le 9 juin d’un périple de 7 mois. Quelles furent les destinations, qu’avez-vous emporté et ramené, quel rhum ramenez-vous ?

AL : Den Helder, Douarnenez, Porto, La Palma, Barbade, Martinique, Colombie, République Dominicaine, Açores, Amsterdam.


www.fairtransport.eu

*TEDx est un programme qui permet aux écoles, aux entreprises, aux bibliothèques ou aux groupes d’amis de profiter d’une expérience semblable à celle de TED ( Technology, Entertainment and Design) par le biais d’événements qu’ils organisent eux-mêmes24.


Le Portfolio complet est visible dans le numéro du mois de novembre.

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