Paris : La Rhumerie

Depuis plus de 80 années, la Rhumerie du boulevard Saint-Germain-des-Prés célèbre le rhum agricole et les boissons exotiques dont le ti’punch, sans aucun doute le meilleur de Paname. Découvrez l’histoire de ce lieu mythique, reflet de la culture antillaise et de l’évolution du rhum en métropole.

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17h30, un samedi de novembre déjà contaminé par le froid hivernal : une envie soudaine d’un Ti Punch vous titille pour réchauffer votre corps glacé, après avoir arpenté le florilège des galeries de la rue Bonaparte. Direction la Rhumerie, une institution aux allures de villa coloniale qui anime et colore depuis des décennies, le quartier de Saint-Germain-des-Prés. Un souffle d’exotisme en pleine rive gauche, qui perdure depuis 1932, date de création de ce temple dédié au rhum. La rhumerie, c’est avant tout une histoire familiale, un lieu transmis de génération en génération, fière de ses origines et de sa culture créole.

Joseph Louville, le fondateur

L’aventure démarre en 1931 : son fondateur, le Martiniquais Joseph Louville, négociant et producteur de rhum agricole, participe à l’Exposition Coloniale à Vincennes, un événement colossal, vitrine de la puissance de la France hors de ses frontières et qui attira près de 33 millions de visiteurs. Et surtout un excellent outil pour cet entrepreneur basé à Paris afin de promouvoir son rhum et de faire découvrir une nouvelle boisson qui fleure bon les palmiers et les cocotiers : le ti’punch. Un cocktail encore inconnu en métropole. Au regard du succès de cette manifestation, Joseph transforme en 1932 une boutique d’antiquaire, au 166 boulevard Saint-Germain-des-Prés, en la « Rhumerie martiniquaise ».

Un nom et café imaginés par cet Antillais en vue d’initier les Parisiens au plaisir du rhum agricole martiniquais à travers ses cuvées et ses fameux ti’punchs et punchs. « A l’époque, le rhum était simplement consommé avec le café. Il ne faut pas oublier que c’était l’alcool donné aux poilus pour leur donner le courage de se battre sur le front. D’autre part, les gens ne voyageaient pas encore et n’avaient aucune notion de colonies et du mode de consommation du rhum», raconte sa petite fille Dominique Louville.

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La vie n’étant pas un long fleuve tranquille, cet entrepreneur décède rapidement, laissant en héritage à ses trois fils, la lourde tâche de poursuivre sa mission : la transmission de la culture du rhum. C’est Albert à 30 ans, ingénieur en travaux publics, qui honorera l’activité familiale de ses entrepôts de fûts d’alcool situés à Bercy jusque dans les années 60 : la vente en gros de rhum et spiritueux auprès de maisons spécialisées comme la Martiniquaise et la commercialisation de sa propre gamme sous le nom de « Le Rhum de Louville ».

Le Méphisto au coeur du Saint-Germain d’après guerre

Tout en assurant le bon fonctionnement de la Rhumerie et l’ouverture de l’établissement de nuit Méphisto en 1945, un pendant de ce café exotique pour le plaisir des noctambules pendant les années festives de Saint-Germain-des-Prés. Courte durée de vie pour ce dernier qui ferme ses portes fin des années 50.

larhumerie7bar_BDRebaptisé La Rhumerie en 1972, ce repère de rhums agricoles s’ouvre fin des années 80 à de nouveaux horizons : un voyage plus poussé dans le monde fascinant du rhum, avec l’arrivée de la petite fille de Joseph, Dominique. Baignée dans la culture martiniquaise depuis son plus jeune âge, Dominique a cumulé et engrangé une belle expertise du rhum, indispensable pour insuffler une seconde vie à cet établissement. « Mon objectif principal était d’accentuer l’esprit antillais de la Rhumerie. A mon arrivée, la carte des rhums était assez réduite avec des belles maisons comme Bally ou Neisson. Ce spiritueux n’avait pas le succès d’aujourd’hui et les distributeurs disposaient d’un choix restreint. Je cherchais à l’époque des produits qui sortaient de l’ordinaire, j’ai choisi des rhums agricoles venus de Martinique puis doucement de la Guadeloupe et ensuite d’autres origines. Il fallut également travailler sur la partie cocktail assez pauvre, le carte offrant seulement du planteur, ti-punch, le classique punch au lait chaud et quelques classiques, » explique Dominique. Cette femme bouillonnante d’idées n’en reste pas là et développe une carte de mets à grignoter, empruntée à la cuisine créole. Dès votre première visite, vous ne pourrez échapper au mariage accras de morues et ti’punch, devenu un véritable rituel à tout heure dans cette brasserie antillaise.

Julia prend la relève au bon moment

Depuis 2003, c’est au tour de Julia, fille de Dominique, de prendre la relève. Même fougue, même dynamisme et même engagement vis-à-vis la culture des Antilles. Après des études d’architecture et de design complétées d’une formation en gestion, la pétillante Julia chapote avec bonne humeur et fraîcheur ce haut lieu du rhum parisien. En 2015, le décor garde après quelques rénovations cette chaleur des îles qui a fait sa gloire : une lumière douce éclairée par des suspensions revêtues de madras, un mobilier tressé jaune et turquoise et des murs aux couleurs chaudes habillés de toiles d’artistes inspirées par l’univers des Antilles (Nathalie Lemaître, Marie-Claire Biard…). La Rhumerie offre depuis quatre années un second étage, ouvert du vendredi au samedi pour une clientèle en quête d’une ambiance plus sereine (accessible pour des évènements privées en semaine). Ici pas de hipsters accros à la haute mixologie mais des habitués du quartier, des familles venues s’échapper de la grisaille du bitume parisien, et des touristes en quête d’une note exotique.

larhumerie6barBDPour éclairer la lanterne sur les variétés du rhum et ses traditions, Julia a imaginé une carte très pédagogique alors inutile de bombarder le serveur de questions inutiles. « Nous avons actuellement 70 à 80 références en dégustation uniquement de rhums agricoles blancs et vieux de toutes les Antilles et des rhums traditionnels de la nouvelle génération comme Matusalem et Diplomatico. Nous sommes toujours en quête de nouveautés, présentées dans la sélection des rhums du mois sur nos différents cadres qui décorent le lieu. Nous avons également créé depuis 15 ans plus de 300 cocktails à base de rhum. Notre volonté aujourd’hui est de nous centrer dans la spécialisation d’Outre-Mer. Nous avons réduit notre sélection de vin, de whisky et proposons même des bières de Martinique, Guadeloupe et Réunion », précise Julia. A noter sur la carte, le rhum de Louville coproduit avec la maison Clément !

Vers des déclinaisons mets et rhum

La Rhumerie s’est également enrichie d’une pléiade de mixtures à base de rhum bien sûr: sept rhums arrangés maison avec les incontournables piments et ananas et des parfums de saison, à base de Charrette. Toujours fidèle au poste, le Ti Punch (aussi appelé CRS : citron, rhum, sucre) et les différentes variantes de punchs composées de rhum Clément. Quant aux cocktails (25 classiques et créations sur la carte), le mojito et ses déclinaisons s’accoquinent avec le rhum cubain Havana Club. C’est le chef barman Laurent Appolis qui tient depuis 13 ans les rênes du bar avec soin et surtout rapidité : « on reste sur une carte de cocktails dans un esprit créatif. Avec mon équipe, nous envoyons de 400 à 500 cocktails par jour et environ 1 000 les week-ends ». Conjugué à des prix très doux, moins de 10 €, phénomène très rare sur la scène du bar parisien. Actuellement, Julia planche sur des accords rhums et mets martiniquais pour des événements privés, des alliances qu’on espère découvrir bientôt sur la prochaine carte. L’histoire de la Rhumerie n’est pas prête de s’arrêter !

La Rhumerie
166, boulevard Saint-Germain – 75006 Paris
Tél. : 01 43 54 28 94 – www.larhumerie.com

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