L’édito d’Alexandre Vingtier – 2017 : l’année du grand méchant loup ?

Cette époque me rappelle le conte des trois petits cochons. Nos trois charmantes bestioles sont à la fête, le marché est en pleine expansion, presque tout est permis mais le grand méchant loup approche.

edito-alexandre-vingiterPremièrement certains producteurs ont construit des marques comme des maisons de paille avec une lecture trop opportuniste, en commercialisant des quasi-rhums ou plutôt des « boissons spiritueuses à base de rhum » comme tend à les définir la future législation européenne pour tous les spiritueux à base de rhum mais aromatisés comme les spiced rums, les punchs ou les rhums à la vanille… Encore faut-il distinguer dans cette catégorie les diablotins se faisant parfois passer pour des rhums et les aromatisés traditionnels dûment commercialisés comme tels, de bons samaritains qui s’autorisent quelques écarts confessés. Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre ! N’oublions pas que de nombreux porteurs de la bonne parole du rhum ont eu aussi commencé par des voies détournées… Ne doutons pas que, pour les contrevenants se jouant des mentions légales sur les étiquettes, les contrôles se durciront en 2017 et que pour durer, mea culpa et efforts qualitatifs seront de rigueur.

Deuxièmement, d’autres producteurs produisent des rhums comme on le fait depuis quelques décennies, de façon moderne, économique tout en restant honnête et sincère. Ils jouent plutôt dans la gamme cocktail et découverte, de solides bases pour des usines souvent vitales à leurs économies nationales, mais leurs maisons, malgré leurs récentes ascensions internationales, peut encore être de bois même si elles ont de bonnes fondations. Davantage d’investissements, d’écoutes des consommateurs, de prises de risques, voilà ce que nous en souhaiterions : laissez davantage transparaître votre personnalité avec des cuvées moins guindées, communiquez avec davantage de transparence sur vos techniques et votre histoire car fondamentalement, les consommateurs n’attendent que cela et l’écart avec les maisons de paille ne sera que plus flagrant !

Enfin, d’autres producteurs moins connus sur la scène mondiale redoublent d’efforts pour exprimer fièrement leurs singularités, leurs terroirs, leurs personnalités, sans fards. Ces rhums Grand Cru ont su prendre des risques et n’ont pas emprunté la voie de la facilité industrialiste ou alors ont su en tirer le meilleur profit car science et technique peuvent aussi se mettre au service des terroirs ! Ces producteurs de taille souvent modeste produisent des rhums qui sont comme des vaccins : ils demandent une phase d’incubation mais après on y est converti pour la vie ! Les amateurs se font de plus en plus nombreux mais leurs productions sont par définition limitées, voire très limitées pour les cuvées hors d’âge, et il ne faut alors pas s’étonner que les prix s’envolent rapidement. C’est la rançon de la gloire mais au moins cet argent sert à pérenniser et améliorer la production, tout comme ces prix attireront davantage de producteurs à se convertir aux rhums Grand Cru. Ce sont des maisons solides mais il faut aussi des maisons de paille et de bois pour mieux les apprécier !

Bonne année / Bon lanné / Bone-érèz ané !

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