Covid-19 : Interview de François Longueteau, des rhums Longueteau

par | 14 Avr 2020

Interview réalisée le 06/04/2020

Longueteau

Rumporter : Le Corona virus est encore timide sous vos latitudes mais pouvez vous nous faire un point à date de l’évolution de la maladie en Guadeloupe ?

François Longueteau : Oui mais malheureusement il est bien là. Nous comptions 143 cas confirmés au 9 Avril, dont  6 décès, les services hospitaliers sont également en tension. La préfecture de Guadeloupe a instauré le couvre-feu sur l’ensemble de nos communes depuis le 2 avril justement (jusque là, il n’y avait que 5 communes sous couvre-feu). Le confinement est donc de rigueur, même si nous voyons de plus en plus de voitures sur les routes, notamment le matin. 

R : Alors que nous sommes en pleine période de récolte, pouvez-vous nous raconter concrètement comment vous vous êtes organisés sur le site de production. Quels métiers sont en télétravail, au chômage partiel ou nécessitent une présence physique ?

FL : Vu que nous sommes complètement indépendants en termes de production, nous avons décidé de stopper immédiatement la production et de proposer à nos salariés une mise sous chômage partiel. Aujourd’hui, seules 5 personnes sont encore présentes sur le site tous les jours, nous avons 2 personnes en télétravail, et 4 personnes qui assurent les quelques livraisons que nous pouvons encore faire 2 fois par semaine (le mardi et le vendredi). 

Cependant, quoiqu’il arrive, nous allons devoir reprendre la production de rhum autour du 20 avril. La qualité du rhum s’en fera sentir sinon. En effet, laisser les cannes à sucre se reposer plus d’un mois par rapport à ce qui était prévu est un risque important pour la qualité des futurs rhums, un risque que nous souhaitons évidement ne pas prendre.

R : Récemment le gouvernement via plusieurs décrets ministériels a facilité le don d’alcool surfin (90% minimum) aux pharmaciens et autre opérateurs habilité à produire du gel hydro alcoolique ? Avez-vous actuellement de quoi accéder à ce besoin sachant que la plupart des rhums agricoles et notamment sont distillés à moins de 80% ? 

FL : Effectivement en tant que producteur de Rhum Agricole nous ne répondons pas toujours aux normes et aux besoins spécifiques de la médecine et donc en particulier de la production de gel hydroalcoolique.

En ce sens, et sous l’impulsion de Hervé DAMOISEAU et Michel CLAVERIE, les distilleries et sucreries de Guadeloupe se sont associés pour financer la production d’alcool à 96° que seule la Distillerie Bonne Mère à St Rose est en capacité de réaliser. Dans le même temps CHLOREX Guadeloupe, fournissait le reste des ingrédients nécessaire à la réalisation du gel. L’ensemble des alcools et ingrédients étant livrés à Prochimie, seule entreprise en Guadeloupe capable de produire du gel hydroalcoolique dans les normes sanitaires médicales demandés par l’ARS, et l’OMS. 

R : Savez-vous quelles conséquences, la crise impliquera sur votre propre production de rhum ? 

FL : Il n’y aura aucune conséquence pour nous sur la production de nos Rhums Longueteau  en elle-même cette année. Sous cette marque, l’ensemble des cannes à sucre proviennent du domaine. En ce sens nous réaliserons l’ensemble de notre production sans aucune conséquence tant en qualité qu’en volume. En revanche, le fait de s’arrêter pendant un mois ne nous permettra pas de produire en conséquence avec des achats de canne à sucre provenant de l’extérieur du Domaine, il est donc probable que sur nos livraisons en vrac, nous ne puissions pas répondre aux demandes habituelles. 

R : Avez-vous déjà perçu un impact de la crise sur les ventes ?

FL : En ce qui concerne la Guadeloupe, la crise intervient en pleine saison touristique, les mois de Mars et Avril sont les meilleurs mois de l’année pour nous. Nous avons fermé l’activité touristique du domaine dès le 16 Mars, et nous ne recevons aucun visiteur depuis. 

En Guadeloupe nous avons fait 3,4 millions d’euros de chiffres d’affaire en 2019, sur le site de production, mais également sur l’ensemble du marché Guadeloupéen (GMS, CHR, CAVE), si le confinement reste en place pendant 2 mois, c’est directement 1 millions d’euros de chiffre d’affaire en moins. Mais le risque est plus important, et va se prolonger jusqu’a plusieurs mois après le confinement, car tout va dépendre de la capacité financière des consommateurs à faire du rachat dès la sortie de confinement alors que nous aurons tous autour de 30% de pouvoir d’achat en moins.

Cependant je reste positif, et fait confiance au gouvernement, dans ces périodes, la solidarité est importante à toutes les échelles. Nous serons évidement extrêmement attentif aux solutions qu’ils proposeront pour relancer l’économie. Mais une chose est évidente dorénavant, le jour d’après sera fondamentalement différent, et j’espère que nous allons tous encore plus prendre conscience de notre manière de vivre, et donc de ce que nous devons changer pour améliorer durablement notre quotidien.

 


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