Luca Gargano

Luca Gargano est un Homo Saccharum complet. En effet, il commercialise à travers sa société italienne Velier aussi bien des rhums agricoles que de mélasse depuis plusieurs décennies. Ce Génois est entre autre actionnaire de Demerara Distillers en Guyane (les rhums El Dorado), a racheté une grande partie des stocks de la distillerie fermée Caroni puis a créé une distillerie artisanale sur Marie Galante (Rhum-Rhum). Il s’aventure aujourd’hui en terres haïtiennes où la production de clairin représente plusieurs dizaines de millions de litres.

Luca Gargano

Haïti, le pays des Clairins

Alexandre Vingtier : Tu reviens tout juste d’Haïti, le retour en Europe n’est pas trop dur ?

Luca Gargano : On a le mal d’Haïti comme on a le mal de l’Afrique. On y voit encore des plages magnifiques sans hôtel 5 étoiles, des voiliers transporter du charbon, 250 ânes chargés se rendant au marché… on y trouve une extraordinaire diversité de produits de la mer, de la terre et des rivières. C’est peut-être le plus beau pays au monde.

AV : Parle-nous des clairins, ces rhums haïtiens artisanaux.

LG : Haïti regorge de distilleries, on n’en compte pas moins de 512 aujourd’hui, les petits commerçants leur achètent des bidons de clairins et les revendent dans leurs épiceries. A la campagne, on boit le clairin alors qu’en ville on boit de tout comme la bière ‘Prestige’ produite à Port-au-Prince. Mais cette situation est fragile car l’Etat n’a pas encore mis en place un système de licences de distillation.

Je recherche les meilleurs producteurs, les plus authentiques, pour les sauvegarder et leur donner les moyens d’obtenir cette future licence car il leur faudra produire au moins 50 000 bouteilles par an pour conserver leur droit à distiller. Les clairins sont un monde encore inconnu par les amateurs de rhum. Il faut absolument découvrir ces rhums authentiques que l’on produit parfois encore selon les méthodes des années 1780, héritées des Français avant l’indépendance en 1804. On connaît bien évidemment Barbancourt, qui utilise à la fois du pur jus de canne et du jus concentré.

Mais c’est un rhum léger, distillé dans une colonne triple à plus de 90% d’alcool, ce qui le dénature. A l’opposé, on trouve de tout petits propriétaires-distillateurs artisanaux dont les produits ont souvent des défauts. Entre les deux, il y a d’excellents producteurs expérimentés et mieux équipés.

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