Covid-19 : Interview d’Hervé Damoiseau, directeur des rhums Damoiseau

par | 14 Avr 2020

Interview réalisée le 03/04/2020

Rumporter : Le Corona virus est encore timide sous vos latitudes mais pouvez-vous nous faire un point à date de l’évolution de la maladie en Guadeloupe ?

 Hervé Damoiseau : Timide ? C’est que nous n’en avons pas la même approche et inquiétude au niveau de la Guadeloupe. Au moment où je vous parle (ndlr : le 3 avril 2020), nous en sommes à 7 morts qui, rapportés à la population française, feraient 1200 morts et plus de 21 000 cas détectés. C’est malheureusement déjà beaucoup trop, car le risque de propagation est de ce fait exponentiel et donc inquiétant.

R : Alors que nous sommes en pleine période de récolte, pouvez-vous nous raconter concrètement comment vous vous êtes organisés sur le site de production. Quels métiers sont en télétravail, au chômage partiel ou nécessitent une présence physique ?

HD : On détecte l’inquiétude du personnel, et on le serait à moins, qui adopte un comportement exemplaire qu’il faut saluer, car derrière la production qui se poursuit, il y a des milliers de planteurs qui comptent sur nous pour ne pas perdre leur culture. Il faut bien se rendre compte que la canne, en Guadeloupe, c’est près de 13 000 Ha  qui représentent 53% de la Surface Agricole Utile avec plus de 3500 planteurs. La canne à sucre est donc un des piliers de l’économie agricole de notre île qui produit 50 000 tonnes de sucre et 80 000 hap de rhum Guadeloupe indication géographique protégée ( IGP )

R : Récemment le gouvernement via plusieurs décrets ministériels a facilité le don d’alcool surfin (90% minimum) aux pharmaciens et autre opérateurs habilité à produire du gel hydro alcoolique ? Avez-vous actuellement de quoi accéder à ce besoin sachant que la plupart des rhums agricoles et notamment sont distillés à moins de 80% ?

 HR : La production d’alcool de canne à 96° et le stock disponible actuellement ne manque pas en Guadeloupe ! Le don de rhum ne se fait donc, que pour dépanner les pharmaciens ou services régaliens de l’Etat, de petit volume, et chez Damoiseau, nous n’avons pas ce problème de degré car nos investissements techniques nous obligent à titrer le rhum a très fort degré pour nous assurer de la qualité que nous nous sommes fixés.

Damoiseau

R : Savez-vous quelles conséquences, la crise impliquera sur votre propre production de rhum ?

 HD : Il faut croiser les doigts qu’aucune panne sérieuse survienne, car les possibilités de faire venir les pièces de rechange en espérant que nos fournisseurs ne soient pas fermés, sont extrêmement limitées et cela, tant pour nous producteur de rhum ou de sucre, que pour les entreprises de coupe mécanisée de la canne à sucre. Tout cela n’est pas très rassurant, mais cela fait partie des difficultés que nous devrons surmonter. La campagne 2020 ne s’annonçait déjà pas fameuse en terme de volume et vient s’ajouter ce très dur coup pour l’économie. 

R : Avez-vous déjà perçu un impact de la crise sur les ventes ?

 HD : Il est indéniable que les chiffres seront mauvais, la vente est déjà en baisse, et le sera plus encore au fur et à mesure que cette crise se poursuivra, ce qui inquiète la filière car certains opérateurs connaissaient déjà des difficultés. Il est encore trop tôt pour faire le bilan mais même en voulant rester optimiste, on ne peut que craindre de devoir constater d’ici peu, une forte baisse compréhensible de la consommation.

Quand on sait que l’ex-ministre de la Santé, Agnes Buzyn, avait déjà porté un coup dur à nos rhums des DOM,  prétextant d’une suralcoolisation des habitants des DOM, alors que tous les rapports prouvent le contraire qui démontrent une consommation moyenne par habitant inférieure à la moyenne nationale, en faisant voter à l’assemblée nationale une hausse évolutive de la taxe sécurité sociale ( VSS ) a partir du 1er janvier 2020 pendant 6 ans pour la porter au même niveau qu’en métropole (ce sur quoi vous aviez fait un excellent  article dans le Rumporter d’avril 2019 ),  qui portera le prix du rhum  vendu localement a 12 ou 13€ le litre, que par le fait de la hausse de cette taxe, sans même que le producteur, ajuste ses charges, en augmentant son prix de cession qu’il devra bien opérer d’ici là.

 


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