Rhum en Crime #3 : Duo pour triple-assassinat vers Troyes

Rhum en Crime est une série d’histoires vraies présentées de manière romancée, dans lesquelles le rhum joue un rôle. Ces courts récits évoquent aussi bien des meurtres que des affaires de fraudes.

Rhum en Crime

22 janvier 1885. Dans la région de Troyes, un envoyé du facteur effectue sa ronde et se rend dans une vieille ferme où vivent M. Delahache, 45 ans, sa mère malade, ainsi que la domestique, Madame Beauvallet. Il constate que les portes sont grandes ouvertes alors que la famille n’est pas d’un naturel accueillant.

Il se décide malgré tout à entrer. Dans la première pièce il n’y a personne. Il poursuit dans la seconde. Là, un horrible spectacle se présente à lui. Le corps ensanglanté de M. Delahache gît sur le sol à côté de celui, égorgé, de la domestique.

L’homme se précipite hors de la bâtisse et court donner l’alerte dans le village le plus proche. Des personnes arrivent alors, espérant y trouver encore le ou les meurtriers. C’est à l’étage que l’on découvre un troisième corps, celui de Mme Delahache. Sur sa bouche se dessine une trace de sang formant une main. Elle a été étouffée.

La police effectue les premières constatations. L’heure des meurtres est estimée entre 18h et 19h, la veille. Trois verres à eau-de-vie sont posés sur la table. On en conclut qu’il y avait deux personnes invitées à la ferme. Les victimes connaissaient leurs assassins. Les agents échafaudent un scénario qui se termine par l’ouverture du coffre-fort situé à l’étage. Plus de 100 000 francs de titres ont été volés. L’argenterie est restée sur place. C’est ainsi que commence l’enquête.

Des témoins sont interrogés, des objets sont saisis mais ça piétine. Ça piétine jusqu’à ce que le juge d’instruction n’apprenne qu’une personne de la région s’était acquittée récemment d’une dette importante. Ne souhaitant négliger aucune piste, la police lui rend visite et effectue une perquisition. Ils trouvent sur place entre autres un gilet tâché de sang. On arrête le désormais suspect, nommé Arnould (ou Arnoux), on le cuisine et il passe à table, comme on dit dans le jargon policier. Oui, il est bien l’auteur des meurtres, et son complice est Joseph Gagnier, surnommé Gagny.

Les 15 et 16 mai 1885 s’ouvre le procès des deux accusés sous les cris de « à mort ! » émanant de la foule massée hors du tribunal. Gagny se mure dans son silence mais Arnould est très prolixe.

Il raconte : les deux complices s’étaient donné rendez-vous à proximité de la ferme, mais une vieille femme les aperçoit le jour-dit. Ce témoin-surprise les contraints à retarder leur méfait. Ils se cachent quelques temps dans une carrière où Gagny et Arnoux vident une demi-bouteille de rhum.

Gagny connait M Delahache pour lui avoir déjà vendu des boutures de plantes. Ce dernier ouvre la porte et cette fois Gagny présente des plants de sapin, comme objet de sa visite.

Les deux compères déjà alcoolisés se voient offrir des verres de rhum. Les hommes discutent et alors que M. Delahache incline la tête pour délier la botte de sapin, Gagny brandit une canne et assène un grand coup sur le crâne du malheureux. Alors que la victime râle à terre dans son sang, Gagny lui enfonce la bouteille de rhum dans la gorge pour l’achever.

La domestique, à l’étage, est appelée dans la cuisine puis étouffée avec ses propres vêtements. Les assassins montent les escaliers en direction du coffre. Avant de se mettre à l’ouvrage, ils étouffent également la mère paralytique dans son lit.

Fracturer le coffre prend plusieurs heures alors ils descendent parfois pour vérifier si les corps sont toujours inanimés et prendre un verre de rhum pour poursuivre avec ardeur leur aventure criminelle. Ils viennent à bout du coffre dans lequel se trouve, selon les déclarations d’Arnould, deux petits paniers pleins d’or, des liasses de billets de banque, des bijoux, une montre et des titres russes et anglais.

Les deux assassins redescendent à la cuisine, cherchent à manger, trouvent un carré de veau et se mettent à table à côté des deux cadavres, puis rentrent respectivement chez eux.

Gagny, voulant troubler le jeu, a la curieuse idée de se mettre à jouer de la clarinette chez lui à minuit. Il espère ainsi montrer à tout le monde qu’il est bien chez lui, le soir du crime. Il pousse le vice jusqu’à aller offrir un verre de rhum à son voisin, à trois heures du matin. Piètre alibi qu’il se bricole là.

Au procès, le tribunal démontre que le rhum offert, que Gagny prétendait avoir acheté à l’épicerie du coin, provenait bien en réalité de la ferme où eut lieu le crime. Il s’enfonce, toutes ses réponses sont méticuleusement démontées par l’accusation.

Le 16 mai, le verdict tombe, Gagny est condamné à mort et Arnould aux travaux forcés à perpétuité.

 

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