Covid-19 : Interview Thibault Spithakis de Chalong Bay, Thaïlande

Chalong Bay, ThaïlandeRumporter : Le Corona virus est parti de Chine mais la Thailande semble s’en sortir très bien avec peu de cas pour une population de 70 millions d’habitants Pouvez-vous nous faire un point à date (17 avril) de l’évolution de la maladie en Thailande ?

Thibault Spithakis : La Situation semble sous contrôle en Thaïlande pour le moment cependant il semblerait qu’il y ait beaucoup plus de cas que le nombre recensé car beaucoup ne présentent pas de symptômes. Certains médecins estiment un taux d’infections 40 fois supérieur aux cas découverts selon un article récent du Bangkok Post. Il est souvent mis en avant que le virus supporte mal la chaleur tropicale et semble beaucoup moins dangereux dans des zones plus chaudes. Ceci expliquerait que beaucoup de personnes atteintes, ne présentant que peu ou pas de symptômes, ne se manifestent pas.

Beaucoup de médecins mettent en avant ce paramètre pour expliquer la situation et les autorités ont donc imposé un confinement partiel qui consiste principalement en une réduction drastique de la mobilité entre les municipalités et les régions afin de contrôler la contagion.

Par exemple à Phuket, il est impossible de sortir de chaque municipalité. L’île est découpée en une dizaine de zones confinées. Il semble que la pandémie a ralenti depuis la mise en place de ces mesures.

Bien que la situation semble sous contrôle, les autorités restent en alerte et des hôpitaux et des zones de soin supplémentaires ont été mises en place afin d’être préparés au pire. Les autorités ont repoussé le déconfinement et la réouverture des lieux public au 30 Avril.

R : Pouvez-vous nous raconter concrètement comment vous vous êtes organisés sur le site de production. Avez-vous eu besoin de procéder métiers sont en télétravail, au chômage partiel ou autre mesure courantes en Europe ?

TS : Malheureusement il y a peu d’aides sociales en Thaïlande donc nous avons dû faire au mieux pour apporter tout le soutient possible à nos équipes. Nous avons ressenti une baisse forte du chiffre d’affaire dès février, baisse qui s’est accentuée en mars, jusqu’à l’arrêt de l’activité en avril avec l’interdiction de la vente d’alcool et le confinement. Beaucoup d’entreprises ont commencé à licencier ou à avoir recours au chômage partiel dès le mois de février. Nous avons essayé d’éviter cela le plus possible. Etant donné le manque d’aide sociale, nous avons décidé d’échanger avec nos collaborateurs afin de trouver la meilleure solution permettant de minimiser l’impact pour eux et l’entreprise. Nous avons donc mis en place un « Chômage Partiel » (que nous devons financer en partie ou totalement) pour les postes pouvant être arrêtés temporairement. Pour les autres postes, nous avons mis en place une réduction de l’activité et du télétravail quand cela était possible.

Nous n’avons pas encore trouvé le moyen de faire de dégustations en télétravail 😉 et nous arrivons quand même à continuer a travailler en partie, et en toute sécurité.

R : En France, le gouvernement via plusieurs décrets ministériels a facilité le don d’alcool de bouche aux pharmaciens et autre opérateurs habilités à produire du gel hydroalcoolique ? Les « rhumiers » de Martinique, de Guadeloupe de Guyane ou de la Réunion se sont organisés pour donner de l’alcool aux administrations locales. Est-ce que la Thaïlande souffre du même manque en gel hydroalcoolique, est ce que vous avez pu mettre quelque chose en place ?

TS : Oui il y a un manque de gel hydroalcoolique et nous souhaitions mettre en place une aide et des dons d’alcool pour un usage sanitaire. Malheureusement nous n’avons pas été autorisés à le faire par les douanes. Un manque de coordination entre les administrations a bloqué la procédure alors que nous avions même des sponsors pour aider dans la démarche. Nous avons été déçus de ne pas pouvoir apporter sur ce plan et aider les équipes médicales locales.

R : Savez-vous quelles conséquences, la crise impliquera sur votre propre production de rhum ?

TS : Nous avons eu de la chance car nous venions de terminer notre récolte et la campagne de distillation 2020 lorsque la crise en Thaïlande a commencé à prendre de l’ampleur. Nous avons donc pu produire comme prévu. Notre production 2020 n’a pas été affectée. En revanche, étant donné l’impact sur les ventes, nous allons allouer plus de quantité à des projets de plus long terme comme le vieillissement. Nous avions prévu de commencer cette année et du coup nous aurons plus à mettre en fûts.

R : Avez-vous déjà perçu un impact de la crise sur les ventes ?

TS : Oui, nous avons ressenti un impact dès le mois de février avec une baisse de 40%, puis 60% en mars, et 90% en avril. Le premier effet a été la réduction de la fréquentation touristique des févriers. Notre premier marché est la Thaïlande, et la saisonnalité veut que janvier à avril soit le pic de la saison. En mars, la fermeture des bars et restaurants a touché directement la consommation locale, ce qui a ajouté à la baisse d’activité liée au tourisme. Enfin en avril, les interdictions de vente d’alcool ont encore aggravé la baisse des ventes avec un arrêt de l’activité quasi-total.

Nous avons donc subi un ralentissement de l’activité très important dans la période sensée être la plus active de l’année. Au niveau export, la situation est un peu bloquée aussi car nos clients internationaux ont aussi subi des ralentissements importants et ne sont pas en position favorable pour importer des produits. Nous espérons relancer l’activité des le moi de mai sur le marche domestique si la réouverture des lieux publics prévue le 1/05/2020 est maintenue.

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