Interview – Michael Barbaria, Swell de Spirits

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Swell de Spirits

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir embouteilleur indépendant ?

C’est une histoire de passion et de liberté. J’ai toujours été fasciné par les spiritueux, par leur capacité à transmettre une émotion à travers un nez, un palais, une finale. Mais déguster ne suffisait plus : je voulais créer des passerelles entre les producteurs et les amateurs, révéler ces trésors souvent discrets qui dorment dans les chais du monde entier. Avec Kelly, nous avons transformé cette passion en aventure de vie. Le nom Swell de Spirits vient du vocabulaire du surf : le «swell», c’est cette vague qui porte, qui rassemble, qui donne l’élan. Une image parfaite de notre philosophie, avancer avec sincérité, curiosité et énergie, sans jamais perdre de vue l’émotion.

Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts ?

Le paysage a profondément évolué. Les amateurs sont plus curieux, plus informés, plus exigeants. Ils recherchent de la transparence, du sens et de la cohérence, mais aussi de la surprise. L’époque où un simple « bon fût » suffisait est révolue : aujourd’hui, il faut une vraie histoire, un univers, une signature. La concurrence s’est intensifiée, les coûts ont explosé, le transport, les matières premières, fûts… Mais le marché s’est aussi ouvert à d’autres horizons : armagnac, calvados, cognac, voire gin, tequila ou mezcal. Cette diversité pousse Swell à sortir des sentiers battus, à expérimenter, à tisser des collaborations audacieuses avec le mojo « aucunes limites».

Swell de Spirits

Quelles sont les principales contraintes ?

Le sourcing, sans hésiter. Trouver le bon fût, au bon moment, avec la bonne âme, c’est un travail de longue haleine. Et même après avoir trouvé la perle rare, il faut assurer la logistique, et espérer qu’elle tienne toutes ses promesses jusqu’à la mise en bouteille. Il y a une grosse part de travail dans le chai, avec l’affinage, mais aussi l’assemblage et la réduction, Swell de Spirits continue son apprentissage sans trop se poser des questions et avec un focus sur l’artisanat et la qualité. Les volumes sont souvent confidentiels, les marges serrées, d’autant plus quand on refuse de transiger sur la qualité, le design ou l’identité. Mais la contrainte la plus noble reste celle de rester fidèle à soi-même, même quand la facilité ou la rentabilité appellent dans une autre direction.

Où sourcez-vous vos rhums ?

Partout où la magie opère. Aujourd’hui, plus de 60% des sélections de Swell de Spirits sont sourcées directement auprès des distilleries, à travers des relations de confiance tissées au fil du temps. Le reste provient de brokers soigneusement choisis, qui partagent les mêmes exigences de transparence et d’authenticité.

Swell de Spirits

Combien de références depuis le début ?

Plusieurs dizaines de (plus de 150 à vrai dire) cognacs, armagnacs, rhums, whiskies, calvados… Mais le chiffre importe moins que la cohérence. Chaque embouteillage est un chapitre du même récit : celui d’un couple de passionnés qui avance au gré des émotions, avec la même exigence et la même curiosité.

Une sélection qui vous a marqué ?

Impossible d’en choisir une seule. Le tout premier embouteillage, un cognac avec la Maison Pasquet, reste un symbole : celui du départ, du rêve devenu tangible. Puis il y a eu les projets fous, le pastis avec nos amis de la maison Ferroni, le blend avec notre cher Karim de la Distillerie Grandmont, le ratafia atypique, le rhum mexicain high esters (notre aventure mexicaine avec des rencontres hors normes), ou encore les sélections à l’aveugle avec des passionnés. Ces moments de partage incarnent l’ADN de Swell : la sincérité avant tout.
Quels conseils donneriez-vous à un passionné qui veut se lancer ?

Fonce… mais les yeux grands ouverts. Il faut être passionné, mais aussi lucide : la réalité, c’est de la logistique, de la paperasse, des risques et beaucoup de patience. Apprends à déguster, à écouter, à raconter. Ne sors pas un spiritueux juste pour en sortir un, sors-le parce qu’il a quelque chose à dire. Trouve ta voie, ton univers, tes valeurs. Et surtout, mets du cœur dans chaque goutte : les amateurs le sentiront dans le verre.


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