Rhum et médailles : le mode d’emploi d’un concours

Marc Battais, fondateur de Bar’OOF et directeur des Rhum Fest Awards, incarne la passion des spiritueux. Entré dans l’univers du bar presque par hasard, il a construit en quinze ans un parcours atypique : barman, juré, organisateur et bien plus encore !

À l’approche d’une nouvelle édition des Rhum Fest Awards, il nous ouvre les portes d’un concours qu’il façonne avec rigueur et conviction : jury représentatif, dégustations à l’aveugle, transparence des résultats. Une vision exigeante de ce que doit être une récompense dans le monde du rhum, et au-delà. Rencontre.

Concours Rhum

Peux-tu te présenter et nous expliquer ton parcours dans l’univers des spiritueux ?

Marc Battais, fondateur de Bar’OOF, directeur des Rhum Fest Awards. À la base, un cursus en école hôtelière, un poste de responsable en restaurant et une envie de changement. Je suis arrivé dans l’univers du bar un peu par hasard, grâce à une rencontre qui s’est transformée en mentorat.

De fil en aiguille, j’ai commencé à m’intéresser aux cocktails, puis aux spiritueux. Les salons, les événements et les rencontres professionnelles ont fait le reste. Quinze ans plus tard, Bar’OOF est devenu une vraie société spécialisée dans les cocktails et les spiritueux, je dirige les Rhum Fest Awards et je suis ambassadeur France du Spirits Selection by CMB. Ce n’est pas vraiment un plan de carrière classique, mais ça a le mérite de ne pas être ennuyeux.

Comment es-tu arrivé dans le monde des concours ?

Tout a commencé un peu par hasard, lorsque j’ai rencontré Cyrille Hugon, bien avant qu’il ne fonde le Rhum Fest. Il avait besoin d’un barman pour un événement. Nous avons rapidement accroché et sommes restés en contact au fil des années.

Lorsque les Rhum Fest Awards ont été créés, il m’a proposé de rejoindre le jury. J’ai accepté avec beaucoup d’enthousiasme.

Au fil du temps, je me suis impliqué de plus en plus dans l’organisation, en apportant notamment mon soutien à Jean-Marie Cornec, qui en avait la charge. Les choses se sont faites assez naturellement : je suis passé de juré à co-organisateur, avant d’en devenir aujourd’hui le directeur.

Concours Rhum

Comment organise-t-on concrètement un concours de spiritueux ?

La première étape, et pas des moindres, a été de retravailler entièrement les catégories pour qu’elles correspondent vraiment aux attentes du marché et du public. Ça paraît simple, mais faire accepter un nouveau référentiel dans un univers aussi passionné que le rhum demande du temps et de la pédagogie.

Ensuite, on communique : on contacte les distilleries, les marques, les embouteilleurs pour les inviter à s’inscrire. En parallèle, on constitue un jury représentatif , des épicuriens, des amateurs éclairés, des professionnels, des maîtres de chai, des producteurs, des embouteilleurs indépendants, et on forme des groupes équilibrés et harmonieux pour les sessions de dégustation.

Une fois les inscriptions closes, on prépare les échantillons et on organise les sessions. La veille, on installe la salle. Et le jour J… on espère que tout se passe bien pendant les deux jours. Spoiler : ça se passe toujours bien, mais on stresse quand même.

Combien de temps faut-il pour préparer un concours ?

Au minimum six mois. Et encore, ça va vite. Il faut communiquer sur les nouveautés, alimenter les réseaux, relancer les contacts, confirmer les dates, recontacter les jurés et en changer une partie si besoin. Chaque édition est aussi l’occasion de corriger les petits points défaillants de l’année précédente, parce qu’il y en a toujours.

Cette année, on va encore plus loin puisqu’on travaille sur la numérisation des résultats avec le lancement d’une application de notation dédiée, une belle avancée pour le concours.

Sans oublier la recherche de sponsors, sur laquelle on aura bientôt des annonces à faire. Bref, un concours, ça ne s’improvise pas, et la partie visible ne représente qu’une infime partie du travail.

Concours Rhum

Comment sélectionnez-vous les jurés ? Quels critères sont indispensables pour être juré ?

Il y a d’abord un noyau de fidèles, des dégustateurs que je connais bien, avec un excellent palais, présents depuis plusieurs éditions. C’est toujours un plaisir de les retrouver.

Ensuite, je cherche de nouveaux profils qui suivent le marché : maîtres de chai, cavistes, grossistes, journalistes, amateurs éclairés… La diversité des regards, c’est ce qui rend un jury intéressant.

Mais au-delà du profil, il y a deux choses non négociables : être ouvert à la découverte et aimer le rhum dans sa globalité. Quelqu’un qui n’aime qu’un style de rhum, ça ne marche pas. Il faut aussi être capable de mettre ses préférences personnelles de côté pour évaluer objectivement ce qu’il y a dans le verre. Un bon juré, c’est quelqu’un qui sait distinguer ce qu’il aime de ce qui est bien fait.

Les dégustations sont-elles à l’aveugle ?

Toutes les dégustations se font à l’aveugle. Les échantillons sont transvasés dans des bouteilles neutres, chacun identifié uniquement par un numéro. Les jurés savent quelle catégorie ils dégustent, c’est tout. Pas de marque, pas d’étiquette, pas d’a priori. C’est la base.

Comment garantissez-vous l’impartialité ?

La dégustation à l’aveugle est la première garantie. Ensuite, il y a la composition des groupes : je suis le seul à avoir une vision globale de toutes les informations, qui déguste quoi, qui travaille pour quelle marque. Et je fais en sorte que si un juré a un lien avec une marque inscrite, il ne se retrouve pas à déguster ses échantillons. C’est du bon sens, mais ça demande une organisation rigoureuse en amont.

Concours Rhum

Comment se déroule une journée type lors d’un concours ? Combien d’échantillons un juré déguste-t-il en moyenne et comment éviter la fatigue sensorielle ?

J’arrive à 9 h pour tout mettre en place avant l’arrivée des jurés à 10 h, les retardataires ont jusqu’à 10 h 30, après on commence sans eux. Petite règle de base : pas de parfum trop fort, ça peut sembler anodin mais ça change tout dans une salle de dégustation.

Avant chaque session, je prends le temps de briefer les jurés sur la catégorie qu’ils vont déguster, le contexte, les particularités, ce à quoi s’attendre. On fait deux sessions le matin, pause déjeuner, deux sessions l’après-midi.

J’organise l’ordre des dégustations de façon à ne pas altérer le palais au fil de la journée. Et je m’efforce de ne pas dépasser dix échantillons par session pour garder tout le monde concentré et affûté.

Quels sont les critères d’évaluation principaux ?

Nous utilisons une grille de dégustation structurée autour de plusieurs étapes :

Visuel : observation de la couleur et de la limpidité

Nez : intensité aromatique, complexité et équilibre

Bouche : attaque, richesse aromatique, concentration

Texture : structure de l’alcool et rondeur

Finale : longueur et rétro-olfaction

Note finale : qualité globale et plaisir de dégustation

Y a-t-il parfois des débats entre jurés ?

Chaque concours a sa façon de fonctionner. Moi, j’ai fait un choix clair : les jurés notent de leur côté, sans concertation, même après coup. Pas de débat, pas d’influence mutuelle. La médaille, c’est la moyenne brute de l’ensemble des notes. Simple et honnête.

Quelle valeur a une médaille selon toi ? Est-ce un réel levier commercial pour une marque ? 

La valeur d’une médaille, c’est celle que l’organisateur lui donne. C’est pour ça que j’essaie d’avoir un concours exemplaire, avec un jury qualifié qui représente tous les secteurs, du consommateur au producteur en passant par le distributeur.

Pour moi, c’est bien plus qu’une médaille. Cette année, on va plus loin avec des fiches de dégustation pour chaque produit médaillé, moyenne des notes et roue des arômes, pour donner encore plus de sens et de lisibilité à la récompense.

Oui, c’est un levier commercial, c’est une reconnaissance du travail fait en amont par les producteurs. Nous nous assurons que cette visibilité existe concrètement : tous les médaillés sont exposés lors du Rhum Fest dans notre espace Rhum Fest Awards, avec leur bouteille et leur pancarte de médaille sur leur stand. On communique sur nos réseaux, les marques font de même sur les leurs, créant ainsi de l’engouement. Et l’engouement, ça ne laisse pas les consommateurs indifférents.

Observe-t-on une évolution dans la qualité des spiritueux présentés ?

Oui, clairement. Le travail évolue constamment, nouvelles variétés de canne, mono-cépages, assemblages plus travaillés, nouvelles techniques de production, recherche sur le vieillissement et sur le bois.

Les producteurs ne s’endorment pas sur leurs lauriers. Chaque édition apporte son lot de surprises et c’est ce qui rend le concours vivant. Franchement, ça fait plaisir à voir.

Certaines catégories sont-elles en plein essor ?

Deux catégories progressent particulièrement : les rhums blancs agricoles et purs jus de canne, et les rhums arrangés. Dans les rhums blancs, la richesse aromatique est incroyable, c’est la catégorie qui met à l’honneur le travail de la canne, du terroir et du distillateur dans ce qu’il a de plus pur. Les rhums arrangés évoluent d’année en année avec une créativité qui ne cesse de surprendre, les gens en raffolent, et on comprend pourquoi.

As-tu déjà été surpris par un spiritueux médaillé ?

La dégustation à l’aveugle change tout. Plus de bouteille pour raconter une histoire, plus d’étiquette pour influencer, juste le produit dans un verre, et on le note pour ce qu’il est. Donc oui, ça réserve des surprises dans les deux sens : certains produits inattendus décrochent une récompense, et d’autres que l’on pensait exceptionnels ne passent pas. C’est ça qui est honnête dans l’exercice.

Comment vois-tu évoluer les concours dans les prochaines années ?

Pour moi, l’objectif est de continuer à faire évoluer le concours vers plus de transparence et de contenu. Nous travaillons sur l’amélioration de notre roue des arômes, sur notre site internet, et pourquoi pas la sortie d’un guide des médaillés avec leurs notes, les informations sur chaque produit et leur roue des arômes. L’idée est de donner encore plus de valeur à la médaille, pas juste un logo sur une bouteille, mais un vrai outil d’information pour les professionnels comme pour les consommateurs.

Le concours s’ouvre aussi à de nouveaux spiritueux : cette année, le Rhum Fest accueille les spiritueux d’agave, et nous réfléchissons activement à les intégrer au concours l’année prochaine. L’univers bouge, nous bougeons avec lui.

Un conseil pour une marque qui souhaite participer ?

Une chose importante à préciser : le concours est totalement indépendant du Rhum Fest. Vous pouvez participer aux Awards sans être exposant sur le salon. Et si vous décrochez une médaille, vous gagnez une visibilité sur l’événement en prime.

Mon conseil est simple : inscrivez-vous. C’est l’occasion de faire évaluer votre travail par un jury représentatif, à l’aveugle, sans chichi. Et si le produit est bon, il sera récompensé pour ce qu’il est.

rhumfestawards.fr