Interview – Grégory Girardin, les Frères de la Côte

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les Frères de la Côte

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir embouteilleur indépendant ?

Nous avons voulu raconter une autre histoire du rhum. Celle du voyage, du temps et de la mer. Nous avons cherché à créer des sélections qui portent notre empreinte, avec un vieillissement dynamique à bord de nos voiliers et un transport à la voile. C’est une façon de lier nos valeurs écologiques, notre passion du rhum et notre désir d’indépendance.

Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts ?

Le marché du rhum s’est considérablement élargi. Quand nous avons commencé, seuls quelques passionnés s’intéressaient aux embouteillages indépendants. Aujourd’hui, le public est plus averti, plus curieux, et la demande pour des cuvées authentiques et singulières est bien plus forte. En parallèle, la spéculation a fait monter les prix et raréfie certains approvisionnements.

Quelles sont vos principales contraintes ?

Le transport à la voile est une aventure en soi : il faut composer avec la météo, les délais et la logistique portuaire. Mais la contrainte majeure, c’est d’obtenir des rhums de qualité, en quantités limitées, et de rester fidèle à notre philosophie artisanale tout en assurant la viabilité économique du projet.

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Où sourcez-vous vos rhums ?

Nous travaillons directement avec des distilleries des Caraïbes et d’Amérique latine : Martinique, République dominicaine, Marie-Galante, Guadeloupe, Barbade, La Palma, Colombie… Nos sélections viennent toujours d’un lien humain fort, de rencontres et d’un engagement mutuel avec les producteurs.

Comment réaliser de la marge ?

Dans un modèle comme le nôtre, la marge ne se trouve pas dans le volume. Elle se construit dans la valeur ajoutée : le vieillissement dynamique en mer, le transport à la voile, l’histoire derrière chaque cuvée. C’est cette singularité qui justifie et permet un équilibre économique.

Comment sortir du lot pour sourcer des rhums ?

Nous nous distinguons par notre approche maritime. Nos partenaires savent que nos rhums ne seront pas de simples embouteillages, mais qu’ils vivront un voyage unique, façonné par l’océan. Cette démarche atypique nous ouvre des portes et crée des relations différentes avec les producteurs.

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Une sélection qui vous a marqué ?

Si nous devions en retenir une sur la cinquantaine que nous avons produite, ce serait notre premier chargement à la Martinique avec La Favorite. Ce fut un moment fondateur : l’émotion de voir embarquer ces fûts pour leur grand voyage à la voile, et la fierté de collaborer avec une distillerie familiale et indépendante, emblématique de l’esprit du rhum.

Quels conseils donneriez-vous à un passionné qui se lance aujourd’hui ?

Rester fidèle à son identité. Le marché est exigeant et parfois saturé, mais il y a toujours une place pour les projets authentiques, portés par une vraie vision. Être patient, construire des relations solides avec les producteurs, et ne jamais perdre de vue la passion qui anime le projet.


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