Interview – Florent Beuchet, Compagnie des Indes

Lire aussi : La saga des embouteilleurs indépendants français, dix ans d’audace et de passion

Compagnie des Indes

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir embouteilleur indépendant ?

À mes débuts, il y a un peu plus de dix ans, le monde du rhum manquait de transparence. Beaucoup de références étaient très sucrées, artificielles, loin de leur terroir d’origine. Avec Compagnie des Indes, j’ai voulu rééduquer le palais des consommateurs, leur faire redécouvrir des rhums plus honnêtes, authentiques, portés sur la matière première et le savoir-faire. Mon parcours dans le vin m’a naturellement conduit à cette approche : comprendre les origines, les sols, les méthodes. C’est cette logique de terroir que j’ai voulu appliquer au rhum, un spiritueux à la diversité aromatique exceptionnelle, encore sous-exploitée à l’époque.

Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts ?

Le marché a profondément évolué. Le consommateur est devenu beaucoup plus averti, plus curieux, et demande désormais de la transparence. Il y a aussi beaucoup plus d’acteurs aujourd’hui, là où nous faisions figure de pionniers il y a dix ans. De nombreuses distilleries ont commencé à exporter vers l’Europe, et certaines ont pu développer leur notoriété grâce à notre travail de sélection et de transparence : comme la mention du nom des distilleries sur nos étiquettes. Le paysage du rhum s’est élargi, avec l’émergence de nouvelles origines — Australie, Madère, Ghana, Floride… — et l’ouverture de nouvelles distilleries qui contribuent à cette diversité.

Compagnie des Indes

Quelles sont les principales contraintes ?

La première, c’est le sourcing : il doit être fiable, pérenne et qualitatif. Nous devons garantir la traçabilité de chaque cuvée, tout en gérant des aspects logistiques souvent complexes — transport des fûts, réglementations d’importation, incoterms, coûts de fret… C’est un travail à la fois de sélectionneur et de logisticien, dans un environnement où chaque pays a ses propres contraintes. Nous sommes un petit acteur par distillerie, mais notre force réside dans la diversité de nos origines et dans la rigueur de notre suivi.

Comment sortir du lot pour sourcer des rhums ?

Notre singularité vient de notre curiosité. Compagnie des Indes a souvent été la première à embouteiller certaines origines : le Brésil, l’Australie, le Ghana, la Floride, ou encore certaines distilleries comme Florida Distillers, New Yarmouth (Jamaïque), Ten Cane (Trinidad, aujourd’hui fermée) ou Romero & Sons (Équateur). C’est cette volonté d’explorer et de partager qui nous distingue.

Compagnie des Indes

Combien de références depuis le début ?

En comptant les single casks et toutes les éditions limitées réalisées pour différents marchés, nous avons embouteillé près de 600 rhums distincts depuis la création de la marque.

Une sélection qui vous a marqué ?

Trois me viennent en tête : Un single cask Indonésie 10 ans, un single cask Jamaïque Hampden 24 ans et un Savanna 18 ans avec un finish en fût de Hampden — ce sont des rhums d’une précision et d’une originalité rare, d’une élégance absolue, à la fois explosif en arômes et parfaitement équilibré.


Lire aussi : La saga des embouteilleurs indépendants français, dix ans d’audace et de passion