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Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir embouteilleur indépendant ?
L’envie est née d’une conviction simple : certaines cuvées méritent d’être révélées sous un autre regard. Depuis la création d’Excellence Rhum, nous avons eu accès à de nombreux fûts et distilleries, et nous avons souhaité mettre en avant des profils singuliers, parfois confidentiels, qui ne correspondaient pas aux standards de mise en marché des grandes maisons. Créer Collection by Excellence Rhum, c’était une manière de partager notre vision du rhum — sans artifice, sans compromis, avec un attachement profond à la transparence sur sa distillation et son vieillissement. Nous avons été les premiers à fournir un grand nombre d’informations sur l’étiquette.
Qu’est-ce qui a changé depuis vos débuts ?
Le marché a considérablement mûri. En une quinzaine d’années, on est passé d’une simple curiosité autour du rhum à une véritable culture de la dégustation. Les amateurs sont plus exigeants, mieux informés, et la demande pour des embouteillages authentiques, bruts de fût ou non sucrés, n’a jamais été aussi forte. En parallèle, la profession s’est structurée : importateurs, cavistes, bars à rhum jouent un rôle essentiel dans la valorisation du produit. Aujourd’hui, le rhum n’est plus perçu comme un spiritueux exotique, mais comme un spiritueux de terroir, à l’égal du whisky.
Quelles sont les principales contraintes ?
Elles sont multiples : administratives, logistiques et économiques. L’accès aux fûts est de plus en plus concurrentiel, les coûts de transport et d’embouteillage ne cessent d’augmenter, et il faut concilier rigueur qualitative et viabilité économique. Mais la plus grande contrainte, c’est sans doute le temps : un bon rhum ne se choisit pas à distance ni sur catalogue. Il faut voyager, goûter, échanger, et comprendre le travail des producteurs. C’est ce temps long qui fait toute la différence.
Où sourcez-vous vos rhums ?
Nous avons jadis sourcé auprès de négociants anglais et hollandais. Aujourd’hui, nous privilégions les chais des distilleries, avec un vieillissement effectué sous le climat local. Chaque sélection est dégustée et validée à la source. Nous favorisons les fûts qui traduisent une identité forte plutôt qu’un effet de mode : l’idée n’est pas de surprendre pour surprendre, mais de proposer des rhums cohérents, expressifs et fidèles à leur origine.
Comment réaliser de la marge ?
En restant indépendants dans nos choix et en maîtrisant notre chaîne de valeur. Nous n’embouteillons que ce que nous aimons, en volumes maîtrisés, sans céder à la surenchère ni au marketing artificiel. Notre modèle repose sur une sélection juste, une distribution directe via notre site et notre boutique parisienne, et une gestion rigoureuse des stocks. Notre objectif n’est pas de faire des marges exceptionnelles sur une bouteille, mais de construire une gamme durable, reconnue pour sa cohérence.
Comment sortir du lot pour sourcer des rhums ?
Il faut avant tout une légitimité acquise avec le temps. Notre force réside dans notre réseau historique et notre réputation de sérieux auprès des producteurs. Quand vous travaillez depuis plus de 10 ans à promouvoir leurs rhums, les portes s’ouvrent différemment. Sortir du lot, c’est aussi savoir écouter, respecter le travail des distillateurs et faire preuve de patience. Certains fûts nous sont proposés uniquement parce que le producteur sait que nous saurons les valoriser sans les dénaturer.
Une sélection qui vous a marqué ?
Difficile d’en choisir une seule sur la quinzaine à notre actif, mais le Bielle 2012 YQM reste un moment fort : une intensité rare, un équilibre fascinant entre puissance et élégance, et surtout l’aboutissement d’un long travail de sélection mené main dans la main avec la distillerie. C’est typiquement le genre de cuvée qui justifie notre rôle d’embouteilleur : révéler un profil exceptionnel, sans compromis.
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