Embouteilleur indépendant – Bar 1802, le temple du rhum à paris

Ce bar à nul autre pareil logé au sein de l’hôtel Montecristo (20-22 rue Pascal, 75005 Paris) affiche au compteur 1600 références de rhum. Il a également récemment revu complètement son offre de cocktails, et cette mouture est bluffante.

La nouvelle équipe composée de Joseph Hoffstetter, Barman senior, Donovan Chouari, Bar Manager, Paul-Antoine Herbet, Bar Manager, Grégoire Duchemin, Apprenti, marche sur les pas de la précédente (avec notamment Adrian Nino et Christopher Bellail) et lance régulièrement des embouteillages passionnants. Rencontre avec Donovan Chouari.

Bar 1802

Pouvez-vous présenter le Bar 1802 pour ceux qui ne le connaissent pas ?

Le 1802 est le bar de l’Hôtel Montecristo, dans le 5e arrondissement de Paris. Ouvert en 2018, il s’agit d’un bar à cocktails spécialisé dans le rhum. Toutes les créations sont donc basées sur ce spiritueux, et nous proposons aussi à la dégustation plus de 1600 références de rhums différentes.

Reconnu à l’international, le Bar 1802 a été classé chaque année depuis son ouverture parmi les 500 meilleurs bars du monde, et a obtenu cette année la reconnaissance de 2 Pin au Pinnacle Guide, l’équivalent du guide Michelin pour les bars.

Comment est venue l’idée d’être à la fois bar et embouteilleur ?

L’idée d’Ajoutez l’aspect embouteilleur était présente dès le début, la première cuvée étant sortie en 2018 également (un Clairin Sajous ayant vieilli 21 mois en ex-Caroni). Cette notion est le fruit de plusieurs envies présentes dans le bar : proposer des cuvées exclusives au bar, montrer notre savoir-faire et notre expertise de rhum à travers ces sélections, proposer aux tarifs les plus justes possibles des produits d’exception, afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. Le Bar 1802 négocie toujours au maximum afin d’avoir le prix le plus bas possible à la revente et, à produit équivalent, est souvent en dessous des prix du marché.

Bar 1802

Comment se passent ces sélections? Comment sourcez- vous les rhums ?

Ces sélections sont faites en partenariat avec les distilleries directement ou avec d’autres embouteilleurs eux-mêmes. Quand nous travaillons avec la distillerie en direct, nous nous rendons autant que possible à la distillerie directement.

Cela nous permet d’échanger plus facilement avec le.la maître de distillation, maître de chai, etc. Aussi, nous pouvons visiter les chais et goûter à même le fût un plus grand nombre de produits.

Concernant les partenariats avec les embouteilleurs indépendants, il s’agit souvent d’un envoi d’échantillons qui nous servent à faire la sélection.

Dans les deux cas, il s’agit avant tout d’une discussion entre passionnés, dans le but de trouver des produits qui répondent à nos besoins et à nos désirs.

Nous nous efforçons au 1802 de proposer à travers nos cuvées tous les styles, origines, saveurs et tarifs, afin que chaque personne puisse trouver une cuvée qui lui plaît et qu’il ou elle aurait envie de ramener chez soi.

Combien d’embouteillages avez réalisé depuis le début ?

Au 5 juin, nous sortions donc notre 38e cuvée, troisième partenariat avec Swell de Spirits, cette fois-ci autour d’un TDL 2000 ayant vieilli 15 ans en tropical et 10 ans en continental. Nous franchirons le cap des 40 cuvées avant la fin d’année, d’autres surprises étant en cours de sélection, voire d’embouteillage.

Bar 1802

Quelles sont les sélections qui vous ont le plus marquées ?

Bon nombre de nos cuvées sont marquantes, que ça soit par la nature du partenariat avec des embouteilleurs de légende, tel que Samaroli, ou de par l’origine du rhum que nous mettons en bouteille, comme la mythique distillerie Caroni que nous avons eu l’honneur de sélectionner dans les stocks de la Scotch Malt Whisky Society.

Gustativement parlant, chacune de nos cuvées nous plaisent, sinon nous ne les aurions pas sélectionnées, mais certaines nous restent en mémoire à cause de leur goût vraiment divin.

Je pense notamment au Clarendon 26 ans sélectionné avec Rum Runner, un TDL 19 ans avec Compagnie des Indes et surtout à la cuvée 55.6, un Savanna HERR blanc de 2006, qui a passé 15 ans de repos en cuve avant de nous avoir été cédé par Old Brothers. Un classique présent dans la mémoire de tous les membres de l’équipe.

Quel regard portez-vous sur l’embouteillage indépendant et que pensez-vous de la multiplication des acteurs ?

L’embouteillage indé dans son ensemble est une chose superbe. Cela permet d’ouvrir d’autres horizons sur des produits qu’on connaît déjà. On découvre des produits en bruts de fûts avec plus de caractère, on a assisté ces dernières années à une « course » » aux vieillissements, dans le sens où chacun a expérimenté avec des bois différents ou de seconds remplissages de fûts moins communs, des conditions climatiques différentes, etc. Un nouvel embouteilleur est une nouvelle personnalité qu’on va pouvoir découvrir au travers de ses sélections.

Bar 1802

Est-ce que vous avez prévu des assemblages, des élevages en plus des sélections ?

Pour l’heure, pas d’assemblages de prévu, nous nous concentrons sur les Single Cask. Concernant les élevages, nous avons, dans la cave même du bar, plusieurs petits fûts qui pourraient bien un jour devenir une micro-série estampillée 1802, qui sait…

Quels sont vos projets / embouteillages ?

Plusieurs fûts ont déjà été sélectionnés, voire embouteillés pour les sorties de 2025, et nous sommes d’ores et déjà en train de planifier les projets. Sans trop en dévoiler, l’année 2025 sera sensiblement sur des produits aux accents britanniques, avec des produits accessibles comme des rhums résolument plus haut de gamme.

En revanche, nous n’avons réalisé qu’assez peu de sélections sur du pur jus de canne n’ont été faites (10 sur 38) et nous avons à cœur de mettre ces produits plus à l’honneur en 2026 et 2027. Des discussions ont été entamées, mais il est encore trop tôt pour en parler.

Bar 1802

Que devient le Rhum Society ?

Le Rhum Society est un événement créé et organisé par le 1802, et qui se tenait en son sein. Il s’agissait d’un salon du rhum durant lequel chaque distillerie ou marque tenait son stand dans une chambre de l’hôtel Montecristo.

L’accès à ces chambres se faisait par petit groupe pour des raisons évidentes de place, mais surtout pour assurer un dialogue efficace et humain entre les intervenants et les visiteurs. Le tout sur des sessions entre 15 et 30 minutes par stand, afin de fluidifier le trafic et permettre à tout le monde de découvrir ce que le rhum avait à nous raconter.

C’est une demande que nous recevons beaucoup, autant du côté des professionnels du spiritueux que des visiteurs, et il est certain que c’est un point important dans nos réflexions pour le futur.

Cependant, les différentes éditions du Rhum Society se sont tenues durant l’épidémie Covid. Le tourisme ayant été à l’arrêt total durant cette période, nous avions tout le loisir d’investir les chambres de l’Hôtel Montecristo, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui.

Il est financièrement très compliqué de fermer un hôtel plein en permanence pour ce genre d’évènements. Nous continuons cependant de chercher des possibilités et alternatives de fonctionnement, car nous avons à cœur de voir renaître ce projet.