Saccharhum : un ouvrage envoûtant dans le monde de la canne à sucre

Saccharhum, un voyage envoutant dans le monde la canne à sucre, de la plante à l’elixir. On ne parle pas ici de techniques de fabrication mais d’art et de poésie. Cet ouvrage est également accompagné d’une composition musicale pour une immersion totale. Rencontre avec Alain Darr son auteur. 

SacchaRhum

Adrien Bonetto : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Alain Darr : J’enseigne l’Anthropologie politique à l’Université Rennes 1. Par ailleurs, je développe depuis une dizaine d’années une démarche d’Auteur-Photographe, démarche qui m’a amené à exposer mes images tant en France qu’à l’international (Belgique, Espagne, Italie, Turquie…). Chacune de mes séries questionne la beauté des éléments naturels (Algae, Posidonia…) ou/et les empreintes de l’Homme sur ces éléments (SacchaRhum, Blanc Carrare…). Comment, pour qui sait regarder, la nature se donne à voir, et comment la culture la transforme en quelque sorte.

Max Rippon est un auteur guadeloupéen connu pour ses hommages à son île natale : Marie Galante et écrivant aussi bien en créole qu’en français. Son travail se déploie tant dans la dimension romanesque que poétique.

AB : Racontez-nous votre rencontre avec Max Rippon ?

AD : J’ai d’abord réalisé les images composant l’ouvrage puis j’ai commencé à écrire un texte autour de ce travail. Rapidement, j’ai ressenti un déficit de légitimité à aller au delà de ce que mon regard avait déjà produit et j’avais le désir que ces images soient mises en réponse, en dialogue avec la sensibilité des hommes de ce pays. Je ne voulais pas un propos didactique sur la canne ou son histoire mais une appropriation subjective des images et une restitution sensible du ressenti. En aucun cas une illustration mais une mise en écho personnelle.

Max Rippon connu à Marie Galante et au delà s’est vite imposé à moi. Je l’ai rencontré, lui ai fait part de ma démarche et lui ai soumis les images. il les a attentivement regardées, en silence, son regard plongeait et déambulait. Il s’est alors tourné vers moi en me disant : « ça sent bon le vesou… » puis il s’est levé et m’a très simplement dit qu’il se mettait au travail. Une amitié naissait et une complicité allait se fabriquer dans un dialogue muet.

SacchaRhum

AB : Qui a eu l’idée de cet ouvrage ?

AD : C’est moi qui est donc initié le projet avec Sibel Kiliç, mon épouse, graphiste et compagne de prises de vues. Il s’agissait de tenter de donner à voir aux Antillais ce qu’ils côtoient au quotidien et ce qui est aussi une partie de leur histoire autrement que sous ces dimensions de paysage ou de passé malheureux. Renouveler le regard, révéler et sublimer par l’abstraction la quintessence de la canne.

Le livre s’imposait mais aussi des expositions de tirages photographiques grand format réalisés dans la plus belle qualité de reproduction possible (la Subligraphie). La Route du Rhum a servi de prétexte pour présenter ces tableaux photographiques à St Malo et à Pointe à Pitre à l’automne.

SacchaRhum

AB : Comment présenteriez-vous cet ouvrage ?

AD : C’est un travail qui navigue entre reportage et images plus abstraites donnant à voir l’esthétique de la canne sous une forme abstraite. Ces dernières photos sont à mon sens les plus riches. L’idée était de donner à voir l’arrière-pays de la canne en suggérant la beauté et suscitant l’émotion. Les textes viennent renforcer la subjectivité du regard par les mots. Dans le détail des matières c’est toute l’histoire de la canne qui émerge, des champs au nectar.

AB : Pourquoi avoir ajouté une composition musicale ?

AD : La composition musicale s’est imposée tant le regard ne suffit pas à épuiser la richesse de ce monde, rural, industriel, humain… Les sons qui nous assaillaient durant les prises de vues nous ont amené à effectuer des enregistrements bruts sur le terrain (coupe, sucreries, distilleries…). Là encore subjectivité pure du musicien qui s’est approprié les matériaux pour créer un univers sonore qui vient éclairer les images et les textes.

SacchaRhum

AB : Pourquoi avoir choisi Marie-Galante ?

AD : Le choix de Marie Galante s’est lui aussi imposé du fait de notre désir d’inscrire la démarche dans une itinérance très localisée, une unité de lieux circonscrite afin de plonger en profondeur dans l’espace et dans les pratiques des hommes. Marie Galante exprime à merveille les traditions de la canne et souffre encore assez peu des logiques folklorisantes ou touristifiées. Un petit monde ou on peut lire le monde en quelque sorte. Si toutes les images ont été prises à Marie Galante nous espérons qu’elles parlent bien delà du territoire.

AB : Combien de temps pour réaliser cet ouvrage ?

AD : Nous avons réalisé 4 séquences de prises de vues sur 4 années (2014/2018) durant des périodes de 10 jours à chaque fois entre février et avril.

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AB : D’autres projets autour du rhum en préparation  ?

AD : Nous avons tiré une exposition de 21 tableaux de l’ensemble du travail qui a reçu un très bel accueil à St Malo et à Pointe à Pitre. Ces tableaux sont actuellement à Marie Galante et Max Rippon en assure la diffusion. Une vidéo de ces images et des textes qui les accompagnent, lus par l’auteur est en phase de finition. Cette vidéo permettra de diffuser le travail dans les milieux scolaires ou autres afin d’amener le public à discuter et échanger sur « sa » perception de la canne, du sucre et du rhum.

La réappropriation de ce travail par les antillais est pour nous un réel enjeu car il peut faire évoluer les représentations et susciter des prises de conscience sur une réalité qui n’est nullement réductible à une dimension historique, géographique, technique, économique… L’esthétique doit pouvoir permettre ce déplacement du regard trop souvent confiné à une seule des dimensions du sujet.

Ces tableaux seront donc amenés à circuler là où les alizés les pousseront. Fin avril ils devraient être présentés à la distillerie de Bellevue (Marie Galante) puis ils trouveront place à l’hôtel Arawak du Gosier (Guadeloupe) avant d’être présentés en Basse terre (Guadeloupe). Une traduction de l’ouvrage en espagnol est en projet. Il est aussi en projet de présenter ce travail dans des fondations où la canne peut être donnée à voir comme une oeuvre d’art…

Soulignons aussi que les tableaux, tirés en qualité Subligraphie (j’insiste sur la qualité exceptionnelle de ces tirages réalisés dans un atelier spécialisé par un tireur professionnel et par mes soins), au format 70/100, numérotés et signés sont à la vente et que des amateurs d’art, en France métropolitaine ou aux Antilles ont achetés certaines œuvres pour leurs collections particulières.

SacchaRhum

SacchaRhumPrix : 39€

107 pages

Photographie : Alain Darré

Poésie : Max Rippon

Musique : Michel Gravil

Informations et commandes : www.alain-darre.com/saccharhum

 

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