Rencontre avec Ariel Granera Sacara, directeur de la communication du groupe Pellas.

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Cet ancien ambassadeur du Nicaragua, notamment en France, est le directeur de la communication du Groupe Pellas, autant dire qu’on a affaire là à du haut niveau. L’homme s’avère, en plus de posséder une très grande culture générale, en plus d’être très fin et très drôle, ressembler à Dustin Hoffman. Je ne cacherai pas la sympathie qu’il provoque chez son interlocuteur. Même si on peut gloser sur un cas de collusion public-privé, le fait est tenace, il est très sympathique.

Ces précautions prises à décrire le contexte sont importantes pour une lecture subjective du dossier. La rencontre, en français, avec M. Granera Sacara dans les bureaux de la Sugar Estate Company of Nicaragua est brièvement racontée ici. Cette interview a été faite par la suite (en septembre 2017), par email et sur la base des informations glanées entre temps .

Ariel Granera Sacara
Rumporter : Ariel, comment est organisée l’industrie du sucre au Nicaragua ? Comment est organisé votre groupe multi-sectoriel au niveau de la production de sucre ?

AGS : Il existe au Nicaragua le Comité nationale des producteurs de sucre (CNPA), c’est une association de droit privé sans but lucratif qui a pour objectif de promouvoir les entreprises de l’agro industrie du Nicaragua. Les domaines sucriers qui font partie du CNPA sont San Antonio, Monte Rosa, la Compañía Azucarera del Sur et Montelimar.

R: Depuis combien de temps votre compagnie cultive-t-elle la canne ?

AGS : Nous avons trace des premières mises en culture en 1891 mais les archives connues font état des premières récoltes en 1898.

R : Combien d’hectares vous appartiennent ? Où vos champs sont-ils localisés ? Quelle est la proportion d’emplois directs et indirects (sous-contractants) parmi les cultivateurs de la canne ?

AGS : Nous exploitons 23 817 hectares en propre tous dans le nord-ouest du pays. Nous employons 100% de nos coupeurs de canne et n’avons plus aucun sous-traitant.

R : Selon toi, quelle est la cause de la recrudescence de cas de Ckdu chez les travailleurs de la canne au cours des 15 dernières années ?

AGS : Le réchauffement climatique pourrait être en cause. Un dénominateur commun chez les travailleurs les plus touchés c’est d’effectuer des travaux manuels dans un contexte de fortes chaleurs. Ceci est sûrement un indicateur de ce que le stress thermique et la déshydratation provoquent des lésions aigues qui, à terme, doivent déclencher de graves insuffisances rénales.

Mais la maladie touche aussi des personnes qui ne travaillent ni dans le secteur agricole, ni dans les mines. On retrouve des cas dans la construction, chez les dockers et même chez certaines personnes qui ne font rien. Certaines toxines, certains produits agro-chimiques, certaines infections (leptospirosis, hantavirus), l’abus dans la consommation d’analgésiques, les métaux lourds peuvent aussi être un facteur déclenchant. Jusqu’à aujourd’hui, il n’existe aucune conclusion définitive. Nous sommes en train de développer un protocole de santé publique pour réduire les risques parmis nos travailleurs.

Ariel Granera Sacara
La clinique mobile de l’Ingenio San Antonio qui sert aux recherches menées par le Groupe sur la maladie. © SER

R : Une intuition qui m’est venue en étudiant le dossier c’est l’impact des récents investissements effectués par la banque mondiale dans l’industrie du sucre au Nicargua. Est-ce que ces investissements ne se sont pas faits de manière trop rapide dans une région sans réelle culture et organisation autour de la production de canne? On pense à l’organisation des habitations martiniquaise, qui même dans des conditions très discutables étaient bien organisées notamment pour ce qui est de l’hydratation des coupeurs de canne. Est-ce que tu partages cette analyse ?

​AGS : On cultive la canne dans la región depuis 1891. En outre, l’expansion des surfaces s’est fait lentement et l’essentiel des investissements a été réalisé dans l’unité de production d’éthanol. Donc je ne partage pas cette vision.

R : Il y a d’autres producteurs de sucre au Nicaragua, comme par exemple Monterossa votre concurrent d’origine guatémaltèque. Pourquoi ne sont-il pas également sous le feu de la critique?

AGS : C’est une question que vous devriez poser à ces autres domaines sucriers.

R : Que penses-tu de la modification de 2008 dans la loi de sécurité sociale votée au parlement et relative à l’indemnisation et la prise en charge des malades en tant que malades du travail ? Celle-ci a renforcé les critères pour être éligible aux soins, avec notamment une obligation de justifier de 26 semaines de travail consécutives, condition difficile à remplir pour des saisonniers employés à la journée ? De ce fait, beaucoup de malades se voient refuser le statut et donc ne peuvent pas payer les soins. C’est dramatique en particulier pour ceux qui sont en phase avancée. Sais-tu qui est derrière les députés qui ont fait passer cette modification de la loi ?

AGS : Ce sont des décisions strictement politiques, nous n’y avons pris aucune part.

R : Revenons à vous. Qu’avez mis en place pour combattre la maladie? Au niveau de la compagnie et peut-être plus important, au niveau du comité national des producteurs de sucre ?

AGS : Au sein de l’entreprise, nous avons mis en place tout un protocole de vigilence dont la finalité est la santé des travailleurs. Il comprend des analyses médicales quotidiennes, l’information et la formation des travailleurs notamment afin de prévenir tous les problèmes engendrés par la chaleur et la déshydratation. L’utilisation d’équipements de protection personnels, de vêtements adaptés, l’imposition de pauses à l’ombre pour refroidir les organismes et la gestion et le monitoring du protocole lui-même​.
Au niveau du Comité des producteurs de sucre, nous avons partagé toutes nos connaissances et le résultat des expériences que nous menons.

Nous sommes en train d’élaborer une manuel d’instruction pour lutter contre le stress thermique. Par ailleurs, nous poussons actuellement une initiative visant à la création d’usines modèles qui rentre dans les standards édicté par Bonsucro (ndlr : organisme mondial organisé en réseau et promouvant la canne et sa culture raisonnable socialement et écologiquement).

Ariel Granera Sacara
© SER

R : Lors de l’entretien que m’ont donné, à Léon, les docteurs de santé publique Marvin Gonzales et Aurora Aragon, j’ai posé une question directe : est-ce que, selon eux, l’Ingenio San Antonio (la branche sucre du groupe Pellas), fait réellement tout ce qui est en son pouvoir pour combattre l’épidémie? La réponse qu’ils m’ont faite est la suivante : ils ne doutent pas de votre parole ni de vos intentions, ils suivent d’aussi près que possible les résultats des expériences que vous menez mais ils vous reprochent un manque de transparence. Transparence quant aux données collectées, transparence quant à la nature des produits phytosanitaires utilisés, etc. Ils semblent clairement manquer de moyens et ces données pourraient s’avérer précieuses pour eux. Etes-vous disposés à mettre ces donnés à leur disposition dans le but d’aider le combat contre la maladie par tous les moyens ?

AGS : Depuis 2009, l’Ingenio San Antonio a donné un accès sans restriction à ses données cliniques et statistiques que ce soit à l’Ecole de Santé Publique de l’université de Boston ou à l’école de médecine de Baylor Houston. Et les résultats d’étude menés par ces deux institutions sont publics (voir l’interview de Jason Glaser à ce sujet). Nous sommes la seule société au monde à avoir ouvert ses portes aussi grandes pour étudier le problème.

En ce moment même nous sommes en train de mettre en place un projet conjoint avec La Isla Network qui comprend un volet investigation de santé publique. Le docteur Marvin Gonzales fait partie de l’équipe de chercheurs qui travailleront sur le sujet en relation avec les chercheurs intégrés à notre entreprise.

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