Bordeaux : La Petite Martinique

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Comment supposer que Bordeaux, l’un des fiefs du monde de l’œnologie, cachait dans ses murs l’une des plus intéressantes caves à rhum de l’Hexagone, la Petite Martinique. Située au cœur des Chartrons, quartier bobo investi par une ribambelle d’antiquaires et d’amateurs d’art, cette officine rend un bel hommage à cet ancien berceau de négociants de rhum dans une authentique épicerie du XVIIIème siècle. «M’installer aux Chartrons avait une vraie résonnance, comme une évidence car les chais de ce quartier renfermaient autrefois du vin mais aussi du rhum transporté sur la Garonne. D’ailleurs certaines devantures d’immeubles laissent encore apparaître le nom de quelques distilleries célèbres »,

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raconte son fondateur Philippe Nkoumou-Wood. Né d’une mère bretonne et d’un père camerounais, ce Bordelais d’adoption a vécu seize années en Martinique par amour des gens, pour la douceur de vivre, la culture et donc du rhum. Il a décidé de revenir dans sa ville d’étudiant où séjourne encore sa famille, pour poursuivre le voyage, en créant sa petite cave dédiée au rhum. Un beau projet qui a mûri au fil des années grâce aux réseaux d’amitié tissé tant en Martinique et en Guadeloupe qu’à Bordeaux avec des responsables de distilleries, des maîtres de chais et des professionnels de la filière rhum.
Ouvert depuis huit ans, la Petite Martinique perpétue la passion pour le rhum de Philippe, dans un décor qui mélange avec goût exotisme et vieux objets chinés : à l’entrée, une statue monumentale en bois peint d’un majordome de couleur en signe de bienvenue, un comptoir réalisé dans un demi-pressoir à vin, des fûts faisant office de présentoirs, et des campagnes de publicité d’une autre époque signées La Mauny ou Saint-James habillant les murs. Et bien sûr des vitrines de style où s’alignent fièrement tous les flacons classés par origine, à côté d’un petit salon réservé aux différents ateliers de dégustation. Fort de son inclinaison naturelle pour le rhum agricole, Philippe s’est focalisé dès le début, sur des maisons prestigieuses comme HSE, JM, Depaz, Clément, Trois Rivières, La Mauny , Saint-James, Bielle… « Mais, derrière ces marques, ce sont des rencontres avec des hommes et des femmes qui ont façonné mon amour et ma connaissance de cette eau-de-vie de canne », précise-t-il. Aujourd’hui, la Petite Martinique c’est une petite douzaine de marques de rhum agricole de Martinique et Guadeloupe confondues pour soixante-dix références, majoritairement des vieux rhums.
Quant aux rhums de mélasse, ils sont aussi présents mais de manière plus confidentiel, une quinzaine, mais Philippe les préfère sans ajout d’arôme artificiel, de vanille, ou de sirop. « Mon positionnement pour 2016 se fera sur des rhums fins, cuvées et millésimes de prestige, single casks (ndlr : fûts uniques) et autres bruts de fût. Comme un véritable commerce de proximité, je réalise ma sélection sur des produits de niche, par goût et pertinence pour une clientèle au palais de plus en plus averti », ajoute-il. Une sélection complétée de rhums venus d’horizons plus improbables comme le Japon avec le Ryoma ou la Thaïlande avec Chalong Bay.  Son dernier coup de cœur : les single casks de la Compagnie des Indes, dont il détient presque l’ensemble de la gamme. Mais Philippe avouera son net penchant pour les trésors venus de Jamaïque, marqués par leurs richesses aromatiques. Pour la partie Spiced (ndlr : rhums épicés), les bouteilles Kraken, Hee Joy et Beach House attendent patiemment le client à l’entrée de la boutique comme sa sélection de rhums arrangés pour des apéritifs dernière minute, dénichés auprès d’un producteur local, Zamis.
Au cours des années, Philippe a développé une seconde activité pour la Petite Martinique au sein de sa boutique et également dans un cadre événementiel : les ateliers de dégustation en vue de partager la richesse de son savoir parmi son fichier de 700 clients. Une programmation qui remporte un vif succès auprès des autochtones ! Au menu, différentes thématiques selon ses envies et ses connaissances. Pour démarrer l’aventure, « de la Canne au Rhum », une initiation pédagogique et ludique autour des origines de cette eau-de-vie, deux à trois par semaine à petit prix (25 € pour 2 heures). Pour un public plus expert : d’excellents masterclasses animés par des personnalités du monde du rhum une fois par trimestre (40 € la session). D’ailleurs, épatante programmation la saison passée : l’expert Jerry Gitany, juré des lors des concours spécialisés internationaux ; Daniel Baudin qui veille jalousement au vieillissement des rhums pour maisons La Mauny et Trois Rivières ; Dominique de La Guigneraie pour les rhums Clément, et Christian Vergier, œnologue et maître assembleur tant dans l’Océan indien que dans les Caraïbes. Sans oublier les amoureux des lettres, la boutique offrira prochainement des lectures d’œuvres d’écrivains caribéens comme Edouard Glissant, Ernest Pépin, Raphaël Confiant et Gisèle Pineau autour de bouteilles prestigieuses. En véritable épicurien, Philippe a lancé parallèlement toute une série d’ateliers sur l’alliance entre la gastronomie et le rhum. Une tendance qui a le vent en poupe en 2015 ! A la carte chocolat, fromage, cuisine du sud-ouest, ou association avec des chefs de la région comme Franck Desca. Un tabac ! A découvrir prochainement : les accords avec le cigare et la musique. Une visite à La Petite Martinique s’impose lors de votre prochaine visite à Bordeaux !

➔ La Petite Martinique
84, rue Notre Dame – 33000 Bordeaux
Tél : 06 32 20 37 96

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