Nicholas Feris : « La meilleure chose à faire est d’aider à stopper le mal »

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Nicholas Feris est un homme de bien des talents, pharmacien ,photographe, blogueur et barman. Il a avec d’autres été à la tête de la frond appelant à boycotter la marque du Nicaragua en 2016.

Nicholas Ferris

Rumporter : Bonjour. Qui êtes-vous ? Où travaillez-vous ? Quelle est votre histoire, etc. ?

NF : Je m’appelle Docteur Nicholas Feris. Actuellement, je suis pharmacien au Walgreens Speciality Pharmacy. J’ai un doctorat en pharmacie, diplômé de l’Université de Washington, j’ai été résident au Swedish Medical Center et ai 15 ans d’expérience dans le domaine médical et pharmaceutique. J’ai aussi lancé la première Rum society de Seattle, The Rum Collective, la plus grosse en marche aux Etats-Unis. J’ai organisé plus de 50 événements et dégustations autour du rhum qui ont accéléré l’arrivée de plusieurs dizaines de rhums dans les états de Washington, du Michigan et de Vancouver.
Mon travail de photojournaliste sur mes sites web a été publié par Forbes, le NY Times, Fox News mais également dans des magazines de gastronomie française.

Je fais régulièrement partie des jurys de compétitions de rhums et de cocktails à l’échelle internationale et je suis un des fondateurs du International Rum Council. Je suis également le co-éditeur d’un livre récemment publié sur le rhum, intitulé Explore Rum, et travaille en tant que consultant pour des bars à cocktails et des restaurants en lien avec mon activité, comme Rum Spoken Here, LLC. Mon site Web et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram) reçoivent des dizaines de milliers de visiteurs du monde entier chaque mois.

R : Comment avez-vous entendu parler du Chichigalpa Cdku Epidemy ?

NF : J’ai lu des articles sur cette épidémie dans The Guardian et dans Vice, il y a plusieurs années. Voici les articles :

https://www.theguardian.com/world/2015/feb/16/-sp-nicaragua-kidney-disease-killing-sugar-cane-workers

https://munchies.vice.com/en/articles/the-silent-epidemic-behind-nicaraguas-rum

R : Il y a encore beaucoup de questions sur la provenance de cette maladie et cette propagation dramatique qu’il y eut dans cette ville. Quoiqu’aucune étude encore ne l’ait clairement connecté avec la récolte de la canne à sucre. Qu’est-ce qui vous a fait vous détacher de Flor de Caña ?

NF : Premièrement, votre question est mal formulée et je me dois de clarifier votre incompréhension entre CKDnt et les conditions des ouvriers de récoltes de cannes à sucre. (Voir ci-joint document CENCAM). Il y a effectivement une évidence qui montre un lien direct entre les conditions des ouvriers associées avec le Sugar Cane Harvesting et donc le développement du CKDnt qui entraîne la mort. Le document ci-joint traite du sujet, et fut la réponse à la circulation de mauvaises informations communiquées par SER, NSEL, William Grant and Sons au cours du USA tour.

Je suis un passionné de rhum et un défenseur des rhums de qualité. Flor de Caña est fabriqué à partir de mélasse, directement issu de l’affinage du sucre de la canne récoltée par les ouvriers de SER et de NSEL. Le rhum Flor de Caña est un produit qui est directement élaboré avec la mélasse issue des récoltes de cannes à sucre.
Beaucoup de ces ouvriers, ayant récolté la canne à sucre, souffrent et meurent du CKDnt, qui est associé à leurs mauvaises conditions de travail et leurs droits. En tant que consommateur et défenseur du rhum, je me dois de dire que Flor de caña est un rhum qui est directement lié à la souffrance et à un taux de mortalité conséquent au Nicaragua.

R : L’entreprise affirme qu’ils travaillent beaucoup sur la recherche de solutions, dans le bien être social, dans l’information, et dans l’amélioration des conditions de travail des ouvriers. Qu’est-ce qui vous fait douter ?

NF : J’en doute beaucoup car qu’il n’y a pas un article d’un seul journal indépendant médical, basé sur des preuves, ou quelconques publications qui traite d’une réduction de paramètres importants ou plus particulièrement de l’incidence du CKDNT et de la mort ou d’un moment où le SER aurait proposé une amélioration des conditions de travail. Il n’y a absolument aucune preuve qui indique que l’argent du SER/NSEL est dépensé ni que les améliorations de conditions des ouvriers qu’ils prétendent mettre en œuvre en réalité réduisent le mal ou la mort.

Deuxièmement, ils ont entièrement nié, en personne, mes affirmations citant le droit du travail en rapport avec les enfants de moins de 16 ans travaillant dans les champs, l’envoi des travailleurs vers les media, les conditions de travail médiocres (aucune pauses ni accès à l’eau), une longue durée de travail (12 heures) ou alors la falsification des documents de travail ne pouvant garantir l’aide sociale. Pire, ils ont aussi menacé une publication locale de Seattle, de SIP Northwest, pour un article dans lequel j’avais été interviewé, afin d’enlever ou de corriger mes citations et ajouter « leur version » à l’histoire. L’article ci-dessous :

The Rum Boycott: How Rum Bars and Bartenders Support Sugarcane Workers’ Health

R : Comment vous êtes-vous battu contre la maladie : réseaux sociaux ? Presse ? Pressions associatives ?

NF : J’ai organisé, promu, et dirigé la plus grande collecte de fonds pour récolter de l’argent pour PASE (ONG qui apporte une aide juridique aux travailleurs) aux Etats-Unis. Je suis directement rentré en communication avec des personnes du SER, William Grant & Sons (les importateurs de Flor de Caña aux EU), PASE, CENCAM et de grands journalistes photographes comme Tom Laffay, à propos de ce sujet.

Je me suis fait entendre sur les réseaux sociaux pour sensibiliser les gens au sujet du Nicaragua, et j’ai cité l’association de Flor de Caña en ajoutant les conditions de travail médiocres qui nuisent et tuent les travailleurs des champs de cannes à sucre et leurs familles au Nicaragua.

R : Comment les personnes autour de vous ont-elles réagi ? Je fais référence aux gens qui vous suivent sur les réseaux sociaux, vos clients mais également la famous bartenders community.

NF : Ma communauté à Seattle, m’a beaucoup soutenu. J’ai reçu un profond soutien de beaucoup de bartenders talentueux du monde entier, comme Jim Rondall, Jason Alexander, Anna Troeh, Jason Marusic qui m’ont beaucoup soutenu pour la récolte de fonds. J’avais des restaurants et des salles de musiques qui ont fait don de leurs chefs et de leurs espaces respectifs. J’avais des dizaines de marques de rhum (Clément, Damoiseau, Rum Fire, Chairman’s Reserve, Ron Cartavio, Appleton Estate, Plantation, etc.) et d’autres entreprises qui ont fait des dons.

Ils sont conscient de l’importance du sujet et partagent l’idée que l’amélioration des conditions de travail est primordiale. Presque tout le monde a réagi très spontanément à aider les ouvriers de la canne à sucre à obtenir de l’aide et une représentation via PASE.

Flor de cana

R : Est-ce que des personnes du Pellas Group (les ambassadeurs de marque inclus) vous ont contacté après votre plainte ? Quelle a été leur approche ? (Agressive, pédagogique ? Etaient-ils convaincants ?

NF : J’ai été contacté par Charlotte Voisey, directrice commerciale de William Grant & Sons USA et Carla Palazio (Directrice Exécutive –SER/Grupo Pellas). Elles étaient très gentilles, chaleureuses et voulaient me faire comprendre qu’est ce que SER a fait/ fait pour modifier ces conditions. Je n’ai rien à dire de méchant sur elles. En revanche, je pense que c’était tout simplement une mission de dissuasion de la part de Flor de Caña.

R : J’ai récemment posé la question : Devons-nous boycotter Flor de Caña à Ian Burrell et sa réponse fût : Si nous boycottons A, nous devons boycotter B, C, D…. et tout ceux qui se procurent en mélasse au Nicaragua. Quelle est votre ressenti sur la question ?

NF : J’ai beaucoup d’admiration pour Ian Burrell tant que ça concerne le rhum et ai beaucoup appris de nos moments passés ensemble. Cependant, je suis étonné par son point de vu et, avec beaucoup de respect, n’adhère pas à sa réponse. Si d’autres marques de rhum achètent la mélasse de NSEL, qui est directement associée au mal et à la mort d’ouvriers de canne à sucre au Nicaragua, donc ces marques devraient être tenues également responsables de soutenir cette épidémie silencieuse et ces marques devraient être boycottées de la même façon que Flor de Cana.

En abordant des sujets comme CKDnt et les droits des ouvriers des champs de cannes à sucre et son lien direct à Flor de Caña, nous pouvons tous aider à soulever la catégorie du rhum, améliorer des conditions de travail et réduire le mal. Ce n’est pas un jeu de favoris ou de traitements égaux, c’est une question de choisir les bonnes choses à faire. Juste parce que d’autres marques achètent de la mélasse, ne veut pas dire que nous devrions regarder ailleurs et ignorer Flor de Caña et la douleur à laquelle est associée leur rhum au Nicaragua.

Plus Sérieusement, pour remettre tout ça en contexte, si plusieurs hommes font du mal à un autre humain, devons-nous ignorer cet abus juste à cause du nombre d’hommes qui font du mal ? Evidemment que non ! Peu importe si il y a 1 ou 20 personnes qui font du mal à une autre, la meilleure chose à faire est d’aider à stopper le mal et intervenir afin de l’aider cette personne. Je le dis haut et fort, les autres marques feraient mieux de choisir un fournisseur différent pour leur mélasse parce que : un, c’est la chose juste à faire et, deux, il est difficile de réparer une réputation endommagée.

Je veux dire par là, nous parlons de la vie d’êtres humains ! Pourquoi soutenir et s’aligner sur une entreprise qui est responsable d’autant de mal ? Il y a d’autres sources de mélasse, que les marques de rhum devraient regarder qui n’aient pas d’association irréversible avec la mort.

 

 

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