Le Guide Hachette du Rhum : Rencontre avec Christine Lambert

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Paru le 22 novembre 2017, le Guide Hachette du Rhum était l’un des ouvrages les plus attendus en cette fin d’année. Rencontre avec Christine Lambert, son auteur. 

Guide Hachette du Rhum - Christine Lambert

Adrien Bonetto : Pour ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter ?

Christine Lambert : Je suis journaliste, depuis plus de 25 ans. Et depuis le début des années 2000, plutôt à des postes de rédaction en chef, dans la presse généraliste. J’ai commencé à écrire sur les spiritueux en 2011, d’abord de façon récréative, par plaisir, en me concentrant essentiellement sur le whisky parce que le sujet me captivait.

Puis à temps complet à partir de 2013, quand j’ai quitté mon poste de directrice adjointe de la rédaction de Marianne et que Slate m’a demandé de tenir une chronique hebdomadaire sur la gnôle. Sacré grand écart, hein ?

AB : Qui a eu l’idée de cet ouvrage et comment le projet a vu le jour ?

CL : C’est Hachette qui m’a contactée, en décembre dernier. Je creusais le rhum depuis un bon moment, avec l’envie d’en nourrir des articles, et pas du tout d’écrire un livre – je venais d’en sortir un sur le whisky, je ne comptais pas replonger aussi vite.

Mais l’exercice très particulier du Guide Hachette m’a intéressée, car c’est aux antipodes de ce que je fais habituellement : l’ouvrage s’intègre dans une collection très formatée, dont il faut respecter la charte et l’esprit. Survol large mais en aucun cas superficiel de tous les aspects d’un spiritueux (son histoire, son économie, sa fabrication…), ton sérieux, informatif, parti pris grand public.

Or, j’ai l’habitude d’écrire de façon plus personnelle, plutôt provocante. J’ai dû remballer mon humour à deux balles, mais c’était motivant de s’essayer à un autre cadre.

AB : Combien de temps pour le réaliser ?

CL : Ça, c’était l’autre défi : 6 mois, à partir du moment où on se dit « Go ! ». Le plus chronophage, dans l’histoire, a été de faire rentrer les échantillons pour reprendre toutes les dégustations à zéro.

AB : D’où proviennent vos infos, vos sources ?

CL : Elles ont la même origine que lorsque j’écris des articles sur d’autres spiritueux : j’enquête, je m’appuie sur des reportages, des discussions avec les producteurs, les professionnels, des dégustations, des lectures – et pas seulement les livres : beaucoup de textes de loi, de bilans chiffrés, etc.

Les sources sont forcément multiples pour être croisées et recoupées autant que possible. Mais j’aime aussi l’idée que plus je creuse un sujet, moins j’ai de certitudes dessus, car les nuances, les exceptions, les doutes apparaissent.

AB : Que pensez-vous de la vague de marques qui arrivent sur le marché ?

CL : Le rhum a le vent en poupe : il est donc inévitable que l’offre s’étoffe. Entre les gammes qui s’enrichissent, les nouvelles marques, les nouveaux embouteilleurs indépendants, les marques et distilleries (récentes ou pas) qui trouvent désormais un distributeur en France, etc, la période est féconde.

Forcément, tout n’est pas génial, il y a quelques opportunistes, et il faut faire le tri. Mais le Guide Hachette a aussi cette ambition, bien qu’il soit aujourd’hui facile de se renseigner sur les sites et les réseaux sociaux.

AB : 400 rhums dans ce guide, les avez-vous tous goûté ?

CL : Oui, mais seulement parce que je manque d’imagination ! D’autres ont sûrement ce talent, mais moi je ne sais pas parler de ce que je n’ai pas bu. Bon, plus sérieusement, j’ai en réalité frôlé les 500 rhums dégustés, tout simplement parce que, au départ, Hachette en voulait 500, comme pour le Guide des whiskies. Mais très vite, j’ai vu que ce n’était pas tenable.

AB : Comment avez-vous fait votre sélection ?

CL : Sur un critère de qualité. C’est à dire mon propre goût, évidemment, mais pas seulement. Je peux aussi reconnaître qu’un spiritueux est bien fichu, équilibré, bien structuré sans avoir pour autant envie de me l’offrir.

Et a contrario, je réclame le droit à la faute de goût assumée : certains rhums peuvent me séduire malgré un défaut, parfois en raison même de ce défaut : un boisé délirant mais qui m’émeut, par exemple.

Enfin, il y a également une sélection « par défaut » : je n’ai pas dégusté la totalité de l’offre disponible sur le marché, cela va de soi. Il y a donc quelques impasses.

AB : Quels sont vos rhums préférés ? 

CL : Tous les triple étoilés du Guide, et pas seulement les 60 coups de cœur ! Comme tous ces emmerdeurs qui sont venus au rhum par le whisky, mes goûts vont en priorité vers les rhums secs, les agricoles, les jamaïcains, les barbadiens…

Mais j’essaie de « penser contre moi-même », de lutter contre mes a-priori. La mixologie, qui à la base n’est pas franchement mon truc, a pas mal contribué à élargir le spectre de mes approches du rhum : certains jus prennent réellement leur envol en cocktail.

Je pense à certains jamaïcains overproof, bien sûr, mais également à certains lights rums devant lesquels on aime bien se pincer le nez, par exemple !

AB : Dans certains groupes Facebook, c’est un peu la guerre entre ceux qui se disent « puriste » et qui boivent de l’agricole et les autres, que pensez-vous de cette confrontation ?
CL : Ça m’emm*** à un point ! Les dogmes et les évangiles, ce n’est pas ma tasse de rhum. Faire la « police du bon goût », non merci. Les seuls débats qui m’intéressent portent sur le manque de transparence dans le rhum (et les spiritueux en général), l’harmonisation des législations et des contrôles, les cas d’arnaque manifestes, etc. Pas sur ce qui est « bon » et/ou « puriste » et ce qui ne l’est pas.

Une anecdote ? Pendant mes recherches, j’ai échangé avec un mec qui bosse dans le rhum. Au cours de la discussion, je lui ai demandé comment il était venu à ce spiritueux, avec quels flacons, et il m’a répondu dans une grimace : « Avec Diplomatico. Je ne buvais pas de rhum, et en plus j’allais uniquement sur les spiritueux secs, mais j’ai trouvé ça génial, novateur. » Aujourd’hui, il fait partie de ceux qui ne dégustent que des « rhums de geeks ».

S’il lit cette interview, qu’il sache que je ne l’«outerai» pas, mais j’aimerais bien qu’il sorte de l’ombre, ça ferait tomber un peu la morgue ambiante d’un cran.

AB : Ce guide peut-être considéré comme une bible par certains, à votre avis, à qui s’adresse votre ouvrage ?

CL : A un large public, je l’espère. Chacun doit pouvoir s’y retrouver, quels que soient ses goûts. Les seules contraintes posées par l’éditeur : que les rhums soient disponibles en France, et assez largement distribués. J’ai donc écarté les flacons disponibles en très petite quantité et les indépendants trop confidentiels – même si je n’ai pu m’empêcher d’en glisser quelques-uns.

Et j’ai évité de me faire plaisir : je n’ai pas utilisé toutes mes notes sur des salves de rhums devenus totalement introuvables.
Mais je pense qu’il y aura également des connaisseurs qui seront intéressés par un récapitulatif législatif et par les chapitres sur l’actualité du marché – il y a pas mal de chiffres très récents et qui n’avaient pas encore été publiés.

AB : Il est très complet, difficile de refaire un volume 2 ?

CL : Les Guides Hachettes sont réactualisés tous les ans pour le vin, et à peine moins fréquemment pour les spiritueux. L’objectif n’est pas le tome 2, mais la mise à jour et le perfectionnement de celui-ci.

Le bouquin ne comportant pas la moindre erreur n’ayant encore jamais été publié, je ne doute pas d’apporter quelques corrections dans la prochaine édition. Mais il faudra aussi actualiser les données périssables, les chiffres du marché ou la législation, les blogs, les adresses notamment, pour que cela reste un outil fiable.

Et surtout, je compte mettre à jour et augmenter le cahier des rhums dégustés. Objectif : 500 rhums pour la prochaine édition !

AB : Un dernier mot pour encourager les gens à l’acheter ?

CL : Je l’ai écrit à jeun.


Guide Hachette du Rhum

Le Guide Hachette du Rhum

Par Christine Lambert
240 pages
24,90€

 

 

 

 

 

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