Guns of Bristol (2): les dessous de la ville

Sous l’étrave des bâtiments de Bristol, port- phare en spiritueux, les trésors mettent du temps à remonter en surface.

Si les dessous du commerce sont froids ceux de Bristol le sont davantage encore … et ça change beaucoup de choses. Cette ville qui a toujours relié les grands ports vit, dès le XIIIème siècle, ses navires appareiller pour prendre livraison des vins de Gascogne et de Bordeaux. Des territoires qui étaient alors rattachés à la couronne anglaise. Puis ce fut les West Indies et en 1690 le port de Bristol comptait pas moins de 379 importateurs qui opéraient 55 voiliers marchands obéissant plus au gouvernail qu’aux écueils. Sous leur étrave, cette lumière sous-marine qui creuse un sillon dans les eaux pleines de fantômes d’épaves ; sur les docks embrumés : ces fûts de rhum et de tabac roulés dans la lumière oblique, qui se mêlent aux hogsheads de muscovado. Des rives de l’Avon à Gropecunt Lane les marins roulaient aussi entre tavernes convenues et maisons de convenance. Ces mêmes marins qui, revenant de France une poignée de décennies plus tard, remonteraient la mer celtique sur des navires chargés de fûts de Cognac. Ces Early Landed étaient entreposés dans des caves froides et humides qui serpentaient sous la ville : là ils vieillissaient longtemps et différemment qu’en France, développant des profils aromatiques particuliers. Cette pratique existe toujours et c’est l’expert John Barrett qui appliquera ce procédé aux rhums fins des Caraïbes, les vieillissant dans une carrière souterraine de Wickwar : Bristol Spirits Limited était née.
Nous en tenons deux entre nos mains.

 


LIRE AUSSI : THE WHISKY LODGE, L’UNE DES PLUS BELLES OFFICINES À RHUMS DE L’HEXAGONE


Bristol Classic Rum Caroni 1995 – 63.1%

Nez : tour à tour ample, floral et élégant ce rhum, d’une grande fraîcheur d’expression, s’appuie sur des notes bien définies de coquelicot, d’hibiscus et de géranium.

Bouche : grasse et suave sur une impressionnante gelée royale, elle se veut plus capiteuse dans un deuxième mouvement. On retrouve alors la trame florale de ce rhum : les notes de géranium auxquelles ce mêlent celles de giroflée.

Finale : les tiraillements entre les différentes composantes de sa palette aromatique la rendent assez bigarrée : essence de thym, mélasse, goudron, une pointe d’orange amère. Le bois est là aussi, qui donne un peu d’assèchement en fin de bouche.

Bristol Classic Rum Port Mourant 25 YO 1990/2105 46%

Nez : quinze années de vieillissement en fût de bourbon auxquelles s’ajoutent dix années de finition en fût de Sherry Oloroso donnent à ce rhum une texture qui n’a d’égal que sa complexité : d’abord végétal (grande armoise) le nez bascule sur le minéral (argile). Viennent ensuite des notes de tabac, de noix du Brésil, de datte, de sellerie de cuir neuve, d’orange amère. Les notes de tabac à pipe de type Amsterdamer sont bien persistantes.

Bouche : riche et ample, elle couvre une large palette aromatique : la mélasse se mélange à de la fumée, le papier d’Arménie à des notes plus florales d’églantine et de rose fanée. La banane séchée arrive enfin pour dynamiser la fin de bouche

Finale : longue et riche sur le spéculos, le pain au raisin un peu brulé et le pudding.

Pas encore de commentaires

Comments are closed

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.
X
preloader