Dégustation de 2 Caroni : a license to thrill

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Situées en face des côtes vénézuéliennes dont elles sont le prolongement insulaire, les îles Trinité et Tobago sont les plus méridionales de l’arc caribéen. La chaîne côtière, rompue par les hauts flots qui y ont creusé le détroit de la Bocca de Dragos, voient jaillir les sources bitumineuses et pétrolifères, terroir d’un rhum qui en est le reflet identitaire.
D’abord base arrière des espagnols pour l’exploration de l’Orénoque, ‘Trinidad’ se peuple de français des Antilles et c’est St. Hilaire Beggorat qui y introduisit, en 1782, la culture de la canne jaune de Tahiti, sur un plan de développement relayé par le Commissaire-ordonnateur Roume de Saint-Laurent. Grand cultivateur, St. Hilaire Beggorat n’en était pas moins contrebandier et, en collusion tacite avec Christobal de Robles, établit un trafic de produits de luxe français avec le Venezuela qui sera démantelé par le Surintendant de Caracas. Mais le manque de résultat rend lucide et bien que prêtant allégeance à la couronne britannique après que Sir Ralph Abercromby prit possession de l’île en 1797, celui qui fut lié à Sir Thomas Picton, premier Gouverneur britannique de l’île, pris la tête d’un groupe de révolutionnaires dont certains seront plus tard impliqués dans les guerres d’indépendance du Libertador Bolivar. Telle va l’histoire que la diversité culturelle finit par se fabriquer d’elle-même et St. Hilaire Begorrat, s’émancipant de ses prétentions, se consacra tout entier de la scène du calypso dont il fut l’une des premières figures, liant son destin aux légendes de Papa Cochon, d’Hannibal le Mulatto, du Danois ou de Cédric le Blanc. Pour lui comme pour tant d’autres, il allait différemment de la culture indigène que de l’administration coloniale : la première s’émancipait, la seconde se combattait.
De Trinidad, l’asphalte est exporté par le port de San Fernando sur le golfe de Paria tandis qu’à l’intérieur de l’île, sous leur ombre épaisse, les forêts de cèdres rouges diffusent leur parfum. Toutes sortes d’arômes que l’on retrouve dans le rhum Caroni. Ce rhum qui, en plus de ne pas être très accessible, est, par ses élans pétrolifères, sans doute l’un des plus difficiles. Aussi est-il resté longtemps l’apanage d’une poignée d’initiés, lui conférant un statut mythique que sa liquidation décidée par l’état trinidadien – en 2002, après 84 ans d’exercice – n’a fait qu’accentuer. Disposant de sa propre sucrerie, les mélasses servaient aussi bien à son propre approvisionnement qu’à celui de l’autre distillerie de l’île : Angostura. Définitivement liquidée, elle laissa derrière elle un quatre-colonnes Gerb Herman de 1979, un deux-colonnes Blairs et un Pot Still de 1984 et surtout plusieurs centaines de fûts entreposés dans des chais à Trinidad. Mis à part quelques rares embouteillages, il aura ainsi fallu la fermeture de la distillerie pour que les rhums Caroni soient, à ce point, commercialisés sous leur propre nom, mais par des embouteilleurs indépendants.

Caroni Barangài Rum – Pellegrini S.A – 1997 16 YO – 52%

Nez : rond et puissant, le vieillissement continental final en fût de sherry, s’exprime pleinement en premier nez : les raisins secs, la toile de jute se disputent la scène avec les noix de macadamia et les amandes. Le deuxième nez se détache toutefois de ce type de vieillissement et l’on retrouve plus classiquement la vanille, le sirop d’érable et le bonbon batna.

Bouche : dans un premier temps très influencée par le sherry cask : prunes, raisins secs, elle s’approfondit et revient sur les marqueurs propres à Caroni : tabac, mangue sénescente, cire d’abeille. La rose fanée fait une apparition distinguée avant que le profil aromatique ne revienne sur les hydrocarbures et la réglisse salée de type salmiak.

Finale : longue sur le cerneau de noix, le menthol, le cuir et l’encre de seiche.

Caroni A.C Rattray – 16 YO – 61.7%

Nez : à la fois fin et puissant, sur le bois de palissandre et la réglisse douce. Il prend vite une tournure plus marine (corde goudronnée), plus profonde (mélasse) et plus fraîche (aiguilles de pin).

Bouche : les marqueurs sont là : tapenade d’olive noire et mine de crayon au premier rang. Mais le tout se complexifie et l’ananas confit et fumé marque de sa présence rafraîchissante. Une touche de réséda enrobe l’ensemble.

Finale : fruitée et longue : la banane en sur-maturation dans un premier temps puis le havane frais et la sellerie de cuir.

 

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