Dégustation du J.M Millésime 2004 : La légende en marche

En l’an de grâce 1845 et alors que les champs de canne bruissent à Fonds-Préville, en contrebas, plusieurs dizaines de fûts de rhum flottent dans la baie vers Macouba, en face du canal très agité de la Dominique.

C’est par ce canal que les côtes martiniquaises furent abordées trois siècles auparavant par les vaisseaux français qui, arrivant d’Europe, y trouvaient des mouillages protégés. On est là à l’exact nord de l’île. Les fûts lourds sont en attente de chargement. Les ordres jaillissent du tillac et l’équipage du brigantin s’affaire maintenant à les récupérer pour les convoyer vers Saint-Pierre, avec ceux des autres distilleries de la région. De là ils partiront pour l’ancien continent. Les gens de la distillerie sont eux partis à cheval vers l’ancienne capitale et pour reconnaître les fûts, ils ont développé une technique : le pochoir. Le propriétaire est à cette époque Jean-Marie Martin, ils vont donc peindre J.M, en blanc, dans les formes évidées. La marque est créée.

Un demi-siècle avant c’est en 1790 qu’Antoine Leroux-Préville acquiert le domaine qui prend le nom de Fonds-Préville. Mais c’est la famille Crassous de Médeuil qui réunira sous une seule égide, en 1914, l’Habitation Bellevue, Fonds-Préville précisément et la distillerie J.M dont elle sera désormais propriétaire. Sur cette partie nord de l’île, la lumière verticale accroche toutes sortes d’éléments qui la jalonnent : la crête des vagues vaporisée par le vent, la longueur de la houle qui écume les anfractuosités, le crible basaltique … et les champs de canne qui s’agitent sur les sols volcaniques. Qu’importe : aucune d’entre eux n’a l’impact visuel de la distillerie JM en contrebas de la route, lovée dans la jungle luxuriante qui la contient. Les bâtiments rouge brique jaillissent d’un écrin ciselé pour eux et il est alors loisible de se dire qu’il n’est pas besoin d’aller plus loin, au moins quelques instants, que c’est ici que l’on a envie de s’arrêter. Ici tout est esthétisme, plaisir des sens et complicité : celle d’Emmanuel Becheau, notamment, le directeur de la distillerie. L’esthétisme c’est aussi celui de ces bouteilles foncées, contrairement aux usages, moins en définitive pour des raisons visuelles que pour éviter l’ajout d’intrants pour coloriser les rhums : l’opacité prémunissant contre d’éventuelles variations visuelles. Mais revenons au millésime 2004 sous étude.

J.M 2004 Rhum vieux millésimé – 44.3%

 

Nez : d’une élégance exquise, sur la cerise et le cuir léger d’une peau blonde il vire vers une trame plus texturée à l’instar d’une papaye couverte de citron vert. Des notes de feuille de tabac légère se mêlent ensuite au spéculos alors que des notes florales (iris) et végétales (coriandre) imprègnent l’ensemble.

Bouche : huileuse et tapissante, débutant sur les fruits rouges et notamment la cerise amère (griotte) elle se poursuit sur les fruits jaunes (pêche, kaki) soutenus par des notes de cannelle fraîchement poudrée.
Finale : complexe et prégnante elle est délicieusement maîtrisée. Ici la corbeille de fruits répond, en toute finale, à la canne fraîche qui revient avec gourmandise. Les notes plus boisées des deux millésimes précédents sont ici complètement fondues: elles structurent l’ensemble mais n’apparaissent pas en soi.

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