Dégustation de 3 ‘L’Esprit’ : vivifier l’instant !

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Par Cyr. Mald et Alexandre Vingtier

A l’ouest de Kingston, sur le chemin de Monymusk, le parcours sinueux de la Salt River Road longe les sources minérales vers Lionel Town, Borkebank. Nous sommes à Clarendon’s Parish. On s’est peu à peu éloigné de Spanish Town et d’Hellshire Beach. Colemans Bay et Moores Pen : les influences historiques se succèdent mais pas l’affluence des eaux.

D’ailleurs, ici, en plein sud de la Jamaïque, elles ne deviennent elles-mêmes que sous l’influence des bancs de Portland et la porosité de Pond Island. Relisant le Crépuscule des idoles cette phrase cingle comme le vent : seul l’esprit permet d’avoir de l’esprit. Le temps se lève, emportant le reste des pages.

L’Esprit c’est la collection de Tristan Prodhomme et elle n’a jamais aussi bien porté son nom : révélant ses choix et son caractère. De ses bases arrière de Rennes et de Vannes, il sélectionne ses fûts comme autrefois les ports-armant commissionnaient leur navire dans la guerre de course : avec allant et assurance. Un esprit de bienveillance qui subsiste toujours sur les routes du rhum dont les trois expressions qui suivent – brut de fût, naturellement – nous fournissent les attributs de cette nouvelle sélection.

L’Esprit Monymusk 2007/2016 SC BB11 – 67%

Nez : racé et d’une grande finesse. Une première attaque sur la poire, l’ananas et le miel de manouka. La gousse de vanille est également présente, légèrement boisé. Toutes ces notes renvoient à un profil aromatique complexe qui oscille ensuite entre le rayon de miel, le car-en-sac et le café. Tout est à la fois très distinct et parfaitement fondu.

Bouche : les High Ester Pot Still issus de fermentation spontanée dans des cuves en bois, sont bien présents. Le profil sait aussi se faire pâtissier (choux à la crème) avant que la feuille de tabac et le tabac à pipe ne reprennent le dessus. Le fond d’artichaut est également présent. La bouche se fait alors légèrement aigrelette. L’ajout d’un trait d’eau fraîche fait ressortir la figue de barbarie.

Finale : exigeante et capiteuse. Nous sommes en présence d’un vrai rhum de dégustation. La finale est typique de la concentration Dunder style : les arômes fermentaires font ressortir les pear drops, le coing et l’eau-de-vie de figue. Le tout n’est pas sans rappeler certains Plantations de Jamaica.


L’Esprit Port Mourant 2005/2016 BB108 – 60.1%

Nez : situé en Guyane britannique, l’alambic pot-still en bois de Port Mourant, comme ceux de presque toutes les distilleries du Demerara, est installé dans la distillerie Diamond. Cette expression, plus mélasse que fermentaire, offre toute une déclinaison de réglisse évoquant les LakridsB de Johan Bülow enrobés de fuit de la passion. Se révèlent également sans excès de jolies notes d’anone et d’ananas.

Bouche : exubérante et parfaitement ciselée, le flan à la poire se lie à la rose fanée auxquels s’ajoute une note légèrement viandée. Ce profil aromatique complexe, propre au whisky Mortlach Flora & Fauna 16 ans, est particulièrement intéressant. La bouche s’emplit ensuite de bourgeons de pin et d’une légère touche de clou de girofle.

Finale : d’une belle longueur, elle commence sur l’ambre et la banane fumée, dissocie quelques instants l’olive et l’ail noirs, pour se prolonger sur le café et l’éclat métallique.


L’Esprit Foursquare 2002/2016 SC BB15 – 56.4%

Nez : en pointe sud de la Barbade, dans la vallée de St. Philip, Foursquare est une distillerie innovante et authentique, détenue par le maître distilleur Richard Seale. Ici les fermentations durent 44 heures et la distillation est effectuée dans une double colonne à 40 plateaux de cuivre, mais également dans un alambic pot still à double retors en cuivre. L’expression proposée possède un nez ultra-linéaire, d’une incroyable complexité. Une première attaque sur les fruits exotiques : kiwi jaune, fruit de la passion et ananas que complètent les épices chaudes : le macis notamment et la cannelle de Ceylan. Sublime.

Bouche : elle fait aussi bouger les lignes : l’attaque est merveilleuse, oscillant entre le caramel mou de type Jacques Génin, la banane flambée et une superbe truffe blanche. Puis la mélasse s’allonge de manière exceptionnelle pour remettre en avant un profil parfaitement intégré, distinctement bajan dans son identité.

Finale : les notes de fruits et de fleurs exotiques laissent place à l’abricot et au zeste de pomelo aussi raffinés que rafraîchissants. Une légère pointe saline vient parfaire l’ensemble.

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