« Barceló a de grandes ambitions pour le marché français »

Quatrième marque de rhum la plus vendue au monde (si on exclue des stats les pseudo-rhums indiens notamment et les spiced), Barceló est une marque emblématique notamment en Espagne mais méconnue en France.

Produit hybride de la canne fraîche et de la distillation à haut degré propre aux rhums latinos, elle revendique une démarche environnementale et sociale des plus intéressante et a décidé de passer la vitesse supérieure sur le marché français.

Premier mouvement, changer de distributeur (elle est chez Giffard depuis deux ans) et deuxième mouvement recruter un Brand Ambassadeur issu de la fine fleur de la mixologie hexagonale : Baptiste Roullier. Entretien fleuve où toutes les questions sont abordées.

Barceló
Bilan carbone neutre : 90% de la consommation électrique de la distillerie Barceló est de l’énergie verte provenant de la biomasse et de panneaux photovoltaïques.

Rumporter : Pour commencer, parlons en quelques lignes le rhum Barceló, peux-tu nous le résumer en quelques lignes : d’où vient-il, qui sont ses propriétaires, comment est-il produit, où le trouve-t-on ?

Baptiste Rouiller : L’entreprise Barceló & Co. a été fondée en 1930 en République Dominicaine, à Saint-Domingue, par Dom Julian Barceló. En 2006, Barceló & Co. est racheté par un groupe espagnol ayant une grande expérience dans l’industrie des vins et spiritueux. Aujourd’hui la troisième génération Barceló/Diaz est toujours présente au sein de la direction. Les rhums Barceló sont produits à proximité immédiate des champs de canneBarceló à sucre à San Pedro de Macoris, exclusivement à partir de pur jus de canne à sucre et avec un vieillissement traditionnel vertical. Les rhums Barceló répondent au standard Ron Dominicano, pour cela la récolte de la canne à sucre, la fermentation, la distillation et le vieillissement de l’alcool en fûts de chêne sont effectués exclusivement en République Dominicaine. Depuis début 2019, la Maison Giffard distribue 4 références : le Gran Añejo et l’Imperial Onyx pour la grande distribution et le Gran Añejo, l’Imperial et l’Imperial Premium Blend pour le CHR.

Rumporter : Si on exclue les Spiced, Barceló, avec près de 13M de bouteilles en 2019, fait partie des 4 marques les plus vendues au monde avec Havana club et Bacardi, pourtant elle est loin d’avoir la notoriété des deux sus-citées, comment expliques-tu, premièrement ces incroyables volumes, et, deuxièmement, ce relatif manque de notoriété ?

BR : Barceló manque effectivement de notoriété en France mais la marque est très connue dans le reste du monde. Parmi les marchés forts de Barceló nous pouvons citer la Russie et l’Espagne. Quatrième marque de rhum la plus vendue dans le monde, Barceló a construit sa notoriété grâce à un savoir-faire reposant sur des décennies d’expériences, des produits de qualité et de nombreuses distinctions internationales. La marque est peu connue en France car elle a été distribuée par plusieurs sociétés successivement, sans investissement fort pour la développer. C’est la mission de Giffard depuis plus d’un an.

Lire aussi : Giffard distribuera Barcelo en France

Effectivement le marché français du rhum est un marché de connaisseurs, centré sur les rhums de dégustation.

Barceló

Rumporter : Ce ne sont pas ces rhums à gros volumes que vous présentez en France. Quelle est votre cœur de gamme pour le marché français ?

BR : Effectivement le marché français du rhum est un marché de connaisseurs, centré sur les rhums de dégustation. Pour répondre à la demande des consommateurs français nous avons sélectionné les produits les plus qualitatifs. Notre cœur de gamme est le Barceló Imperial, référence emblématique créée il y a 40 ans, avant tout un rhum de dégustation mais qui s’apprécie aussi en cocktail. Autour du Barceló Imperial, nous avons constitué une gamme de 4 références, certaines étant réservées à la grande distribution et d’autres au CHR.

Rumporter : On sent chez la marque un désir de s’investir d’avantage en France, peut-on s’attendre à des nouveautés du côté d’une monté en gamme par exemple ?

BR : Effectivement Barceló à de grandes ambitions sur le marché français où le rhum est en fort développement. C’est une marque très dynamique qui a de nombreux projets en cours dont des finishes, des améliorations de packaging et un rhum premium pour le 40ème anniversaire de l’Imperial. En octobre, Barceló lancera son premier rhum 100% Bio.

Pour l’élaboration de ce rhum, Barceló a sélectionné 150 hectares de canne à sucre préservés pendant 5 ans de tout traitement chimique et cultivé en agriculture biologique sans fertilisant et avec une irrigation naturelle pour répondre aux standards du BIO. Le rhum est vieilli en fûts de chêne américain neufs et la production annuelle est limitée à 300 000 bouteilles. L’étui est en fibres de canne à sucre avec des encres organiques. L’atout de ce produit est de répondre à la tendance du bio qui s’étend aux spiritueux, tout en incarnant l’identité et le savoir-faire de Barceló avec ses notes de cerises caramélisées, de cacao et de tabac typiques.

Barceló
La logistique pour produire 15 millions de litre de rhum issus du pur jus est monumentale.

Rumporter : Barceló produit son rhum à partir du pur jus de canne, ça doit être une sacrée logistique d’apporter de telle quantités de canne fraîche à la distillerie, as-tu pu assister à la récolte ?

BR : J’ai eu la chance d’assister à la récolte de la canne à sucre en début d’année, la logistique est énorme. La distillerie (AFD) est aujourd’hui une des distilleries les plus modernes des Caraïbes. Inaugurée en 2009, elle est financée, en partenariat avec les planteurs locaux à 50/50. Située au milieu des champs de canne à sucre, le site couvre 3,5 ha et près de 200 personnes travaillent sur le site.

(…) depuis 2016 le premier rhum avec une licence Bilan carbone neutre.

Rumporter : Ce jus de canne est ensuite distillé à fort degré, est-ce que du coup la matière première revêt une telle importance ?

BR : Depuis la création de la marque, c’est le choix de Barceló de travailler du pur jus de canne, toujours dans un style latino incluant une distillation à fort degré. L’important reste la qualité finale des produits et l’appréciation des consommateurs.

Grâce à ces initiatives, Barceló est devenu depuis 2016 le premier rhum avec une licence Bilan carbone neutre.

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Les champs de la canne utilisée pour Barcelo sont situés à proximité de San Pedro de Macoris dans les sud est de l’île. Image d’Epinal puisque depuis une dizaine d’année, la République Dominicaine a entrepris de mécaniser la coupe…

Rumporter : Barceló revendique un leadership en terme de développement durable et notamment une neutralité carbone, peux-tu nous décrire ce que la distillerie met en place à ce niveau ?

BR : Dans le cadre d’une politique environnementale visant à lutter contre le changement climatique, les rhums Barceló ont mis en place des initiatives pour la gestion globale des émissions de gaz à effet de serre. Grâce à ces initiatives, Barceló est devenu depuis 2016 le premier rhum avec une licence « Bilan carbone neutre ». La neutralité carbone signifie que toutes les émissions de l’activité et du cycle de vie de nos produits ont été quantifiées, réduites et compensées.

La quantification des émissions des Rhums Barceló couvre toutes les émissions du début à la fin de la production pour tous les produits.
1° Les émissions directes qui ont lieu pendant la culture de la canne, la transformation, la distillation, le vieillissement et le conditionnement des produits.
2° Les émissions indirectes provenant de la consommation d’électricité du réseau de fabrication et du transport du matériel d’emballage (bouteilles, couvercles, cartons, papiers..), de la distribution terrestre et maritime des produits. Ainsi que l’élimination finale du matériel d’emballage une fois que le rhum a été consommé.

Pour la réduction ils utilisent l’énergie alternative :
– 100% de la vapeur utilisée provient d’une centrale de cogénération basée sur l’utilisation de la bagasse.
– 90% de la consommation électrique de la distillerie Barceló est de l’énergie verte provenant de la biomasse et de panneaux photovoltaïques.

La gestion des émissions – le Co2 produit lors du processus de fermentation du jus de canne à sucre est récupéré et envoyé à une usine tierce ou il est converti en Co2 de qualité alimentaire et utilisé comme gaz dans les boissons gazeuses.

Afin de compenser ces émissions, Barceló acquiert des crédits de réduction des émissions pour soutenir financièrement des projets verts, tels que la production d’électricité à partir de sources renouvelables, la préservation des ressources forestières et le reboisement.

Lire aussi : Barceló 90 ans de modernité

L’efficacité énergétique, le traitement et la valorisation des déchets entre-autres. Les projets soutenus pour compenser sont la création d’une centrale de production d’énergie à base de méthane provenant de déchets solides au Mexique. La reforestation et la préservation de ressources forestières au Brésil. L’installation d’un parc éolien en Honduras et Mauritanie et le remplacement des poêles à charbon dans les zones rurales par des poêles biomasse.

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Le Co2 produit lors du processus de fermentation du jus de canne à sucre est récupéré et envoyé à une usine tierce ou il est converti en Co2 de qualité alimentaire et utilisé comme gaz dans les boissons gazeuses.

En synthèse, voici les actions mises en place pour optimiser le processus de production dans le respect de l’environnement :

– cogénération de vapeur et d’électricité à partir de la biomasse provenant de la bagasse de la canne,
– production d’électricité par des panneaux photovoltaïques,
– mise en place d’une installation de récupération de CO2,
-ferti-irrigation des champs de canne avec la vinasse et les déchets organiques du processus,
– gestion intégrale des déchets,
– recyclage et valorisation énergétique sur tous les sites.

Le mieux pour découvrir tout cela est de venir visiter ! Tu es le bienvenu.

(…) contribuer au développement de notre communauté à travers la responsabilité sociale.

Rumporter : Chez Rumporter on ne sépare pas l’engagement écologique de la dimension humaine dans la notion de développement durable. Or, depuis longtemps, l’industrie sucrière de la république dominicaine est régulièrement épinglée pour une exploitation ignoble, proche de l’esclavage d’une main d’œuvre haïtienne bon marché. Comment Barceló se positionne sur ce sujet ? Quelle garantie la marque peut-elle donner aux consommateurs ?

BR : Chez Ron Barceló, nous poursuivons nos efforts pour atténuer l’impact environnemental de notre activité, mais aussi pour contribuer au développement de notre communauté à travers la responsabilité sociale qui nous incombe en tant que marque et entreprise . Notre code de développement durable RB360 a été certifié par la Société Générale de Surveillance (SGS), leader mondial de l’inspection, du contrôle, de l’analyse et de la certification.

Notre certification Carbone Neutre fait partie de ce programme depuis 2016. Mais à côté, notre approche considère également notre impact sur trois autres domaines: l’eau, la terre et la communauté.

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Ferti-irrigation des champs de canne avec la vinasse et les déchets organiques du processus,

Ainsi notre Fondation AFD Barceló travaille directement au développement des communautés de coupeurs de canne à sucre et de leurs familles, qui sont situées à proximité de nos champs de canne à sucre. Notre mission est de mettre en œuvre des plans sociaux qui nous permettent d’avoir un impact positif sur le développement socio-économique et d’améliorer la qualité de vie des communautés dans la zone d’influence de la Fondation, à travers la mise en œuvre de programmes et projets dans des domaines tels que la santé, l’éducation, la nutrition, la formation, les infrastructures et le développement.

Chez Ron Barceló nous reconnaissons les coupeurs de canne comme la colonne vertébrale de notre activité. Par conséquent, nous veillons non seulement à ce que les coupeurs reçoivent une compensation équitable, mais aussi qu’ils reçoivent une aide médicale appropriée, ainsi que leurs familles. Nous avons établi des protocoles sérieux pour garantir que tous nos collaborateurs aient un accès égal à l’éducation, en fournissant des centaines de bourses, repas, fournitures scolaires et transport chaque année. De nombreuses actions s’appliquent aussi aux personnes âgées de la communauté.

Nous avons agi en pionnier dans ce domaine, car cela fait partie de nos priorités en tant qu’entreprise. C’est pourquoi nous avons choisi de construire notre distillerie au milieu de nos champs de canne à sucre promettant une économie dynamique, générant des milliers d’emplois directs et indirects dans une la région.

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Rumporter : Revenons à toi, comment devient-on Brand Ambassador pour une marque de rhum ? Qu’est ce qui t’as amené spécifiquement vers Barceló ?

BR : Avant de devenir Ambassador mon parcours est celui de barman, j’ai eu la chance à la suite de ma mention barman d’être recruté par le prestigieux bar du Forvm à Paris qui était situé Boulevard Malesherbes, dans ce lieu mythique j’ai rencontré la famille Biolatto et été formé par une équipe de choc à l’époque, (Xavier Laigle, Joseph Biolatto, Yoan Bonneau, Julien Pinard Legry ect…).

Mon rêve réalisé, je décide de rentrer et de revenir dans ma région natale à Angers.

Après deux stages et 1’année au sein de cet empire du bar et plusieurs saisons à Méribel et Val thorens je pose mes valises à Annecy à La Queue du Coq ou une amitié avec l’A.B.G (Annecy Bartender Guil) et plus particulièrement avec Alexandre Girard s’est créée pendant presque 3 ans. Mon rêve étant le canada je décide de m’exiler pendant presque 2 ans à Montréal où une fois encore la chance me sourit, car seulement 2 semaines après mon arrivée je débute au Royal avec Dimitri Saint-Louis et Manu Ruiz.

Mon rêve réalisé, je décide de rentrer et de revenir dans ma région natale à Angers pour devenir Brand Ambassador France Barceló via la société Giffard après avoir réalisé plusieurs concours de rhums ( Ti pucnh cup Clément, Diplomatico, Bartender Society…).

Giffard a décidé de me donner une chance de pouvoir concilier le bar et la culture du rhum en règle générale. En réalité Barceló était une marque je connaissais très peu, mais après plusieurs voyages en Amérique du sud et en Espagne je constate à travers cette marque la qualité des produits, la volonté environnementale et la puissance de vouloir se développer en France avec des moyens importants, ce qui m’a conquis.

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Rumporter : Par les temps qui courent comment exerces-tu ton métier ?

BR : Depuis le confinement je n’ai pas la possibilité d’exercer mon métier tel qu’il avait été défini au départ à savoir proposer des masterclasses, former sur le terrain et animer les salons. Je me suis tourné essentiellement sur de la prospection (cave, bar…) mais également sur un travail de recherche et d’investissement digital pour développer la notoriété de la marque et continuer à faire vivre la marque à travers des masterclasses en ligne, des recettes via les réseaux sociaux. Les salons professionnels, dégustations et masterclasses étant annulés pour la plupart, l’importance des outils numériques aujourd’hui permet de continuer mon métier.

 

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