Banc d’essai Madère #4 – O’Reizinho – Gaula

Par Cyrille Mald, Alexandre Vingtier et Nicolas Dubois

La route de côte qui part à l’est à travers les pins et les eucalyptus nous emmène au Sud-Est jusqu’au village de Gaula, juste à l’entrée à Santa Cruz. Fenêtre sur l’océan qui s’étend à perte de vue vers le levant, c’est ici que Florentino Izildo de Gouveia Ferreira a récemment ouvert la dernière-née – et la plus petite – des distilleries de l’île de Madère.

L’endroit offre la plus belle vue sur la baie et, par temps clair, l’on perçoit les trois îles Desertas, au sud. Ici, le pressage des cannes se fait à la main, sans adjonction d’eau, dans un petit broyeur à cylindre.

Les fermentations s’étendent de 3 à 4 jours en cuves semi-ouvertes et alambic à vapeur et à bascule de 500 litres, chauffé au bois, délivre un distillat très parfumé. Brassage et réduction lente par adjonctions successives font également de cette micro-distillerie une petite perle très prometteuse de l’archipel madérien. O Reizinho produit aujourd’hui 15.000 litres d’alcool pur par an.

O Reizinho – Rhum agricole blanc, Millésime 2015 Madeira 45°

O Reizinho

Nez : comme son frère ainé à 50%, cette expression de pur jus de canne issue de la récolte 2015 particulièrement appréciée par Florentino et embouteillée en janvier 2019, présente un nez expressif. Tout en fraîcheur, sur le jus de canne frais, il se concentre sur la goyave, le kumquat et le sureau rouge. Il nous renvoie vers les champs de canne et de mangue qui déploieraient leurs senteurs après la pluie.

Bouche : grasse et agrumée. Le citron est présent à tous les étages. A l’instar du 50%, elle se développe à la fois sur l’élégance du fruit (notamment la pâte de goyave) et sa texture. Elle offre cependant moins de soyeux en bouche que son prédécesseur mais peut-être plus de précision et toujours cette pâte de goyave très aromatique. La jolie amertume d’un physalis et le grain d’un poivre fin affleurent aussi en toute fin.

Finale : ciselée, fraîche et veloutée, elle est d’une texture et d’une précision remarquables. Les zestes d’orange douce et de mandarine (ainsi que le lait d’amande, comme pour la précédente version à 50%), confèrent une belle tonicité que rehaussent les galets de plage. La trame se fait ronde et minérale, le fruit frais et la persistance arrogante. Son long repos et sa réduction lente sur une période de presque 4 ans lui ont apporté rondeur et profondeur.

O Reizinho – Rhum agricole Gold Madeira 45°

O Reizinho

Nez : d’une très grande finesse dès l’attaque par son côté fruité (goyave, mangue) et superbement odorant sur le jus de canne et l’ananas fraîchement coupé. La papaye, le miel d’amandier et la menthe poivrée complètent ce tableau plein d’attraits.

Bouche : fraîche et gorgée de fruits, elle confirme le nez : goyave, mangue, papaye sont présents mais également abricot et canne fraîche. Elle s’avère toutefois un peu légère en intensité malgré une belle composition qui va du caramel mou au salin de la fleur de bourrache. Les 6 mois (minimum) passé dans d’anciens fûts de Madère (de la Maison Justino’s à Caniço) n’ont rien enlevé à sa fraîcheur tout en le structurant en douceur.

Finale : toute en fraîcheur sur le jus de canne, une touche de bois de rose et de miellat de cerisier. Une jolie eau-de-vie pure et pleine de fruits exotiques dont la délicatesse ne finit pas de s’exprimer pleinement.

O Reizinho – Rhum agricole Gold Madeira Brut de fût 57°

O Reizinho

Nez : une première attaque sur le coing, l’écorce de clémentine, mais aussi la goyave et les fleurs capiteuses qui ne sont pas sans lui donner une tonalité fraîche, presque mystérieuse. Le tout louvoie ensuite entre les fruits à nouveau (la mangue maintenant) et le sirop d’érable.

Bouche : très riche sur la papaye et le bois de santal, elle évolue sur la bisque de homard et les notes aromatiques de la fève de Tonka et d’un caramel saupoudré de muscade. Etrange et assez envoûtant. Seul manque un peu de profondeur que les 9 mois passés en fûts de Madère de 300 l. n’ont pas suffit à former.

Finale : on s’attarde sur l’orgeat, la goyave, un rancio intermédiaire et des tannins soyeux que complètent une marmelade de carotte et des écorces d’orange amère. Toujours sur le fil entre un précipité salé et les fruits presque confits qui manquent un peu de mémoire profonde. Un travail très prometteur, à suivre avec intérêt.

 
 


Rumporter Magazine - Édition juin 2020

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